Le graffiti au Burkina Faso : Les murs deviennent des témoins des combats et des espoirs du peuple

Article : Le graffiti au Burkina Faso : Les murs deviennent des témoins des combats et des espoirs du peuple
Crédit: Graff Saha
10 août 2025

Le graffiti au Burkina Faso : Les murs deviennent des témoins des combats et des espoirs du peuple

À Ouagadougou, le graffiti n’est plus seulement une touche colorée sur les murs poussiéreux de la capitale. Il est devenu une véritable langue visuelle qui porte des messages forts, de mémoires collectives et de revendications sociales.

Un artiste graffeur peignant une œuvre évoquant la résilience face au terrorisme. © Graff Saha

Le graffiti, sous sa forme actuelle, a fait son apparition au Burkina Faso au début des années 2000 grâce au festival Ouaga Hip Hop. Des graffeurs venus d’Europe ont alors initié des artistes locaux à cette discipline, mêlant peinture, lettrage et art mural. Mais cet élan initial est resté sans suite pendant plusieurs années, faute d’espace d’expression et de structuration de la pratique.

Il faudra attendre 2023 pour voir la naissance de Graff Saha, premier festival international de graffiti au Burkina Faso, initié par Ousmane Guigma, alias Manoos, figure emblématique de cet art urbain. Plus qu’un événement culturel, Graff Saha est pensé comme un espace de rencontre, de formation et surtout comme un outil de mobilisation citoyenne.

Des thèmes ancrés dans les réalités du pays

Chaque édition de Graff Saha s’articule autour d’un thème fort :

  • 2023 : Résilience des communautés face au terrorisme. Les fresques réalisées évoquaient la douleur des déplacés internes, la perte des terres, mais aussi l’espoir et la solidarité.
  • 2024 : Les murs ont des oreilles. Les artistes y ont travaillé sur la liberté d’expression, la surveillance et les rapports entre parole publique et pouvoir.
  • 2025 : Racines et destin : le Burkina Faso en mouvement. Cette édition questionne l’identité culturelle, le lien entre tradition et modernité, et la mobilité des peuples.
Fresque murale du festival Graff Saha, représentant des figures de résilience et d’engagement au Burkina Faso. © Graff Saha

Ces thématiques, loin d’être décoratives, sont choisies pour résonner avec les luttes sociales, environnementales et politiques en cours dans le pays.

L’une des forces du graffiti réside dans sa présence au cœur de l’espace public. Les murs choisis pour les fresques sont souvent situés dans des lieux stratégiques : carrefours très fréquentés, marchés, façades de bâtiments abandonnés ou encore abords des quartiers populaires.

En plaçant des images fortes à hauteur de regard, Graff Saha transforme la ville en une galerie à ciel ouvert où chaque passant devient spectateur et, potentiellement, acteur du changement. Ces murs peints interrogent, provoquent la discussion, suscitent parfois la controverse. Ils deviennent ainsi un espace de débat citoyen, au même titre qu’une tribune publique.

Un engagement citoyen et environnemental

Si les thèmes abordés touchent à la paix, à la mémoire et à l’identité, le festival donne aussi une place croissante aux questions environnementales. Dans un pays confronté à la désertification, à la pollution et à l’urbanisation rapide, plusieurs fresques ont déjà évoqué la protection des ressources naturelles, la lutte contre les déchets plastiques et la préservation des arbres.

Le graffiti devient alors un outil de sensibilisation écologique, capable de toucher directement les populations, sans passer par les canaux institutionnels souvent éloignés du quotidien des habitants.

Depuis sa première édition, Graff Saha attire des artistes venus de différents horizons. En 2023, quatre invités d’Afrique et d’Europe étaient présents. En 2024, la participation s’est élargie aux pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). L’édition 2025 a vu l’arrivée de nouveaux artistes internationaux, même si le Maroc et la Belgique, intéressés, n’ont pas pu participer pour des raisons logistiques. Cette ouverture internationale permet d’enrichir les techniques, de croiser les styles, et de placer Ouagadougou sur la carte mondiale du graffiti.

Les artistes de graffiti réunis pendant le festival Graff Saha à Ouagadougou pour la créativité urbaine. © Graff Saha

Un modèle économique encore fragile mais prometteur

En dehors du festival, les graffeurs trouvent des commandes dans des lieux privés : maquis, restaurants, chambres d’enfants… Les œuvres réalisées lors de Graff Saha sont déclarées au Bureau Burkinabè du Droit d’Auteur (BBDA), ce qui permet aux artistes de percevoir des droits. Cette démarche contribue à professionnaliser le métier, même si la rentabilité reste limitée.

À travers Graff Saha, le graffiti burkinabè montre qu’il peut être bien plus qu’un art ornemental. Il devient un acte citoyen, une arme douce, qui fait vibrer les murs et les consciences.
En articulant art visuel, mémoire collective et engagement social, il contribue à façonner un nouvel imaginaire urbain, où les murs deviennent des témoins des combats et des espoirs du peuple.

« Ce travail a été rendu possible grâce au soutien de ANF».

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