« Lorsqu’on crée dans l’ombre, sans accès à des réseaux professionnels, il devient difficile d’intégrer un circuit…» : Armelle Dakouo

Article : « Lorsqu’on crée dans l’ombre, sans accès à des réseaux professionnels, il devient difficile d’intégrer un circuit…» : Armelle Dakouo
Crédit: PhotoSa
1 décembre 2025

« Lorsqu’on crée dans l’ombre, sans accès à des réseaux professionnels, il devient difficile d’intégrer un circuit…» : Armelle Dakouo

Armelle Dakouo est la commissaire d’exposition de la troisième édition de la Biennale de photographie PhotoSa 2025, qui se tient à Ouagadougou du 22 au 29 novembre. Pour Armelle, le festival PhotoSa offre une plateforme essentielle pour renforcer la visibilité des femmes photographes.

La sélection a été construite de manière tout à fait logique, en lien direct avec la thématique retenue cette année “(R)Évolution”. « C’est volontairement un jeu de mots, avec ce “R” entre parenthèses ». Il permet d’ouvrir deux lectures, soit la révolution au sens plein, soit l’évolution progressive. « L’objectif n’est pas nécessairement de provoquer la révolution même si certaines propositions artistiques peuvent aller dans ce sens mais plutôt d’explorer les transformations culturelles, politiques, sociales, économiques et climatiques qui traversent nos sociétés » : Armelle Dakouo

Une équité entre les artistes photographes femmes et hommes

Pour cette édition, Adrien Bitibaly, l’initiateur de la Biennale, a choisi de confier le processus à un jury, que Armelle a eu l’honneur de présider. « Nous avons donc travaillé sur les candidatures reçues à travers l’appel à projets. Au final, douze artistes ont été retenus, dont six femmes ». En ajoutant les cinq photographes invités, c’est dix-sept artistes au total qui viennent de onze pays différents.

Dans la sélection, le comité a tenu à garantir une réelle équité entre les artistes photographes femmes et hommes. Mais au-delà de cette volonté d’équilibre, c’est surtout la qualité artistique, la force esthétique des propositions, ainsi que le parcours de chaque artiste qui ont guidé les choix. « Les femmes photographes sélectionnées présentent, cette année, des profils extrêmement variés. De créatrices reconnues sur la scène internationale à de jeunes talents prometteurs. »

Parmi elles, Fatoumata Diabaté, photographe malienne de renommée internationale, expose l’une de ses dernières séries consacrées à la question de l’excision, un sujet à la fois intime et politique.

Quant à Mariam Niaré, jeune photographe malienne en début de carrière, elle interroge les enjeux écologiques et la pollution dans une série. Certaines artistes ont déjà un parcours confirmé, à l’image d’Anne-Laure Gueret, photographe française ayant longuement vécu dans plusieurs pays d’Afrique. Elle présente une série réalisée à Accra, au Ghana. La sélection inclut aussi Margarita V. Beltran, artiste colombienne, qui propose un travail profondément personnel autour de l’exil politique de son père à travers l’image.

Du côté du Burkina Faso, la photographe Soum Eveline Bonkoungou, dont la série se penche sur un panier traditionnel offert aux jeunes mariés un objet chargé de sens mais aujourd’hui menacé de disparition. L’Italienne Cristina Cosmano, quant à elle, dévoile un projet réalisé à Cuba, entre illusions, désirs d’ailleurs et rêves d’un avenir meilleur.

La photographe Soum Eveline Bonkoungou, dont la série se penche sur un panier traditionnel menacé de disparition. © PhotoSa

Nous découvrons aussi Jessica Nadi Dago, jeune photographe ivoirienne, qui signe une série intitulée Ma place. Elle y interroge la place de la femme dans la société africaine, prise entre attentes familiales, rôles traditionnels et aspirations professionnelles.

Enfin, l’artiste allemande Johanna Maria Fritz présente un reportage réalisé au Soudan du Sud. Elle y documente la vie de patients dans ce qui est aujourd’hui le dernier hôpital en fonctionnement dans un pays en guerre. « Le festival représente pour nous une véritable opportunité de donner de la visibilité aux artistes et de faire circuler leurs œuvres. Il est essentiel que cette plateforme demeure un espace équitable, notamment pour les femmes photographes ».

Pas toujours légitime pour une femme

Être une artiste photographe femme n’est pas évident. Beaucoup doivent affronter des difficultés supplémentaires. Certaines en témoignent d’ailleurs. Lorsqu’on est mère, il devient encore plus complexe de poursuivre une carrière artistique. À cela s’ajoutent les contraintes sociales et culturelles.  Dans certains contextes, le métier de photographe n’est pas toujours perçu comme légitime pour une femme. « C’est précisément pour cela que nous les encourageons, les accompagnons et les soutenons, que ce soit dans la présentation de leurs œuvres ou dans l’évolution de leur parcours. Notre objectif est clair : assurer leur visibilité et leur permettre de trouver leur place dans le paysage artistique contemporain ».

Les outils dont disposent les lieux d’exposition, espaces de démonstration, plateformes culturelles sont essentiels pour renforcer cette visibilité. Un artiste ne peut exister pleinement que si son travail circule, est vu, commenté, collectionné. « Lorsqu’on crée dans l’ombre, sans accès à des réseaux professionnels, il devient difficile d’intégrer un circuit, qu’il soit marchand ou institutionnel, ou même de faire reconnaître ses œuvres à un plus large public ».

L’objectif est d’assurer la visibilité et permettre aux artistes de trouver leur place dans le paysage artistique contemporain. © PhotoSa

Heureusement, il existe une diversité de structures galeries, institutions, musées, biennales de photographie, festivals qui permettent la diffusion des pratiques artistiques. Ce sont ces acteurs, ensemble, qui rendent possible l’évolution et la reconnaissance du travail des artistes.

« Ce travail a été rendu possible grâce au soutien de ANF.»

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