Le film « Two » : Le silence des inégalités
Sorti en 1964, « Two » est un court-métrage réalisé par le réalisateur indien Satyajit Ray. En 12 minutes et sans aucun dialogues, Ray parvient à transposer à l’écran les disparités sociales mise en scène par deux jeunes garçons.

Connu comme l’une des meilleures œuvres cinématographiques de Satyajit Ray, ce film met avant la rencontre entre deux garçons issus de milieux sociaux opposés. Le premier, un enfant riche, vit dans une maison luxueuse remplie de jouets sophistiqués. Le second, un enfant des rues, réside dans une modeste cabane en bordure de la propriété du premier. Le garçon riche dans l’expression de sa solitude en touchant à tout, est interrompu par le son mélodieux d’une flûte. Il s’avance alors vers la fenêtre et découvre le garçon des rues jouant de cet instrument. Rapidement, on assiste à une séance de « qui dit mieux » entre les deux gamins avec leurs jouets. Les enchères prennent une autre tournure lorsque le garçon pauvre présente son cerf-volant, symbolisant la liberté tandis que le garçon riche est montré dans sa belle maison mais derrière des barres de fer à l’image d’une prison. Jaloux, le garçon riche utilise son pistolet à air comprimé pour abattre le cerf-volant montrant l’image de la domination par la force et le pouvoir. Une tendance vite renversée lorsque le garçon riche entouré par le bruit de ces nombreux jouets arrive toujours à entendre le son de la flûte de son antagoniste. Impuissant et seul, il réfléchit alors à ses actes. Ainsi, la juxtaposition des sons à la fin vient encore renforcer le contraste entre les deux classes, deux réalités.
L’absence de dialogue rend le film accessible, l’universalise et permet au spectateur de concentrer sur les gestes, les expressions mise en scène à travers un impressionnant jeu de caméra. Habilement, Ray arrive a joué avec ces cadrages pour représenter la hiérarchie sociale et la dynamique de domination entre les personnages. C’est l’un des aspects les plus remarqués du film ; l’utilisation subtile des plans de plongée et contre-plongée pour souligner le rapport de force entre les deux enfants. En effet, l’enfant pauvre est filmé en plongée, le réduisant visuellement, le diminuant face à la supériorité matérielle de son adversaire. En revanche, Ray filme parfois le garçon riche en contre-plongée, accentuant son pouvoir et sa domination.
L’usage des plongées et contre-plongées, démontre une maîtrise du langage cinématographique qui dépasse la simple narration et touche aux fondamentaux du cinéma. À travers le jeu de ces enfants, Ray aborde de grandes thématiques sociales. Le duel entre les deux garçons devient une métaphore de la lutte des classes.
Outre, ce film est interprété par certains critiques comme une allégorie de la guerre du Vietnam, dans laquelle le garçon riche symbolisant les forces impérialistes et le garçon des rues représentant les populations opprimées mais résistantes et résilientes. Two reste aujourd’hui, malgré l’absence de son auteur, une référence en matière de cinéma et d’utilisation du visuel comme vecteur d’émotion et de réflexion sociale.