La 3e édition de la biennale Yiriwa : l’heure est à la valorisation de soi
La biennale des arts visuels Yiriwa, organisée par le Collectif Wekré, tient sa 3e édition du 25 avril au 2 mai 2026 à Bobo-Dioulasso autour du thème : « Contribution des arts visuels à la promotion de nos valeurs endogènes ». À travers cette édition, Yiriwa entend accompagner cette réflexion en mettant en lumière le rôle des arts visuels dans la valorisation des identités culturelles africaines.

Pour Aboubacar Sanga, le secrétaire exécutif du collectif, Yiriwa a pour ambition de contribuer à la promotion des arts visuels à Bobo-Dioulasso, considérée comme la capitale culturelle du Burkina Faso. Cette initiative est née d’un constat. Une baisse notable de la création, du dynamisme artistique, de l’engouement et de la motivation dans la ville.
« Face à cette situation, il nous a semblé essentiel d’agir ». Il n’était pas cohérent d’organiser des événements majeurs à Ouagadougou sans envisager une dynamique similaire à Bobo-Dioulasso. « Avec Yiriwa, nous voulons apporter notre contribution au développement et à la revitalisation des arts visuels dans cette ville, où le potentiel reste immense et les perspectives nombreuses ».
Partout en Afrique, l’heure est à la valorisation de soi
Le choix de ce thème s’inscrit pleinement dans les aspirations actuelles, au Burkina Faso comme dans de nombreux pays africains. « Aujourd’hui, l’heure est à la valorisation de soi, à la réappropriation de nos valeurs, notamment celles dites endogènes c’est à dire nos pratiques culturelles, nos us et coutumes, nos manières de nous habiller, de nous nourrir et de vivre ensemble ».
L’objectif est de montrer que les arts visuels peuvent jouer un rôle actif dans la promotion et l’enracinement de ces valeurs. Si les musiciens portent déjà des messages de paix, de fraternité, d’amour, d’unité et de retour aux traditions, il n’y a aucune raison que les arts plastiques restent en marge de cette dynamique.
« Il s’agit pour nous, d’accompagner ce mouvement de fond ». Partout en Afrique, on observe une volonté de se reconnecter à son histoire, de se réapproprier son récit et de le raconter soi-même. Dans ce contexte, les artistes visuels ont un rôle essentiel à jouer à travers leurs créations, ils peuvent donner vie à ces valeurs, sensibiliser les publics et contribuer à une forme d’éducation culturelle. C’est cette conviction qui a guidé le choix de ce thème.
La dimension régionale de Yiriwa
Pour cette 3e édition de Yiriwa, quatre disciplines majeures sont mises à l’honneur, à savoir la peinture, largement dominante, suivie de la sculpture, de la photographie et des installations. Cette diversité traduit la richesse des approches artistiques mobilisées autour du thème.
En termes d’impact, l’ambition est claire. C’est permettre aux visiteurs de se reconnaître dans les œuvres présentées. « Il s’agit de créer un véritable espace d’échange entre le public et les artistes, où ces derniers peuvent partager leur démarche, leur vision et la philosophie qui sous-tend leurs créations ». À travers ce dialogue, les artistes sont appelés à trouver les mots justes pour transmettre le sens de leur travail et toucher les visiteurs. Pour les organisateurs, l’objectif sera atteint si, à l’issue de la visite, le public repart avec une meilleure compréhension du discours artistique et un regard renouvelé sur les valeurs mises en avant.

La dimension régionale de Yiriwa se traduit par la participation d’artistes venus de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest dont le Burkina Faso, le Mali, le Bénin, la Guinée, le Niger, le Sénégal et le Togo. En réunissant des artistes issus de ces différents pays, Yiriwa cherche à favoriser les retrouvailles autour de cet héritage commun. Il s’agit de faire émerger des correspondances, comme celles que l’on retrouve dans le Faso Danfani, également présent au Mali ou en Côte d’Ivoire, ou encore dans certains motifs traditionnels répandus à travers toute l’Afrique de l’Ouest.
L’objectif est donc de créer un espace de reconnaissance mutuelle, où les artistes prennent conscience de ce qui les unit. En partageant ces références communes, ils renforcent leur sentiment d’appartenance et leur rôle d’ambassadeurs culturels, capables de valoriser et de transmettre ces richesses au sein de leurs communautés respectives.
Porter les combats et les valeurs de sa société
Aux artistes, « je dirais avant tout de porter les combats et les valeurs de leur société ». Une création qui ne parle pas à son propre environnement risque de laisser indifférent. Si une œuvre ne trouve aucun écho auprès de ceux qui nous entourent, il est important de s’interroger, de se remettre en question. Les premiers publics, les premiers soutiens y compris les acheteurs devraient être issus de notre communauté immédiate, avant toute reconnaissance extérieure.

Il est donc essentiel pour les artistes de s’ancrer dans leur réalité, de s’intéresser à leur société et de créer avec un langage accessible et compréhensible pour leur public local. « Un artiste qui cherche à s’adresser au monde sans dialoguer avec sa propre communauté s’éloigne, selon moi, d’une mission fondamentale qui est celle de sensibiliser et d’éduquer ».
Par ailleurs, des rencontres comme Yiriwa doivent aussi être des espaces de connexion. Elles offrent aux artistes l’opportunité de tisser des liens, de construire des réseaux solides et d’imaginer des projets communs. C’est en collaborant et en partageant leurs expériences qu’ils pourront renforcer leur impact et faire évoluer durablement la scène artistique.