L’exposition …°°°oooOOO (Dots. Circles. Cycles) de Michaela Solnicka : vers l’économie circulaire
Présentée le 4 avril 2026 à Jumphub , l’exposition …°°°oooOOO de Michaela Solnická du studio Ananas, prolonge une recherche plastique engagée depuis plusieurs années. Installée au Burkina Faso depuis 14 ans, l’artiste d’origine tchèque signe ici le deuxième volet d’un travail entamé en 2024, qu’elle estime encore inachevé. Avec ce volume 2, elle explore à nouveau les motifs du point, du cercle et du cycle, tout en assumant un titre volontairement décalé, qui échappe à une lecture immédiate.

« Dans ma précédente exposition, je cherchais à fixer, à travers la peinture, des énergies créatives souvent éphémères ». Soly évolue aussi dans les arts vivants, en collaboration avec des danseurs et des chorégraphes, où tout disparaît une fois la performance terminée, jusqu’au décor lui-même. Ce caractère fugace l’a poussée à réfléchir à la manière de préserver ces instants.
Elle a réalisé que des situations très ordinaires recèlent une énergie précieuse, capable de devenir trace ou témoignage d’un élan. « Je suis attachée à l’idée de prendre soin des choses, de ne pas gaspiller, et de valoriser ce qui nous entoure ». C’est dans cette démarche que s’inscrivent ces œuvres, notamment des tableaux réalisés à partir de tissus récupérés ou de chutes issues de la menuiserie.
Le Studio Ananas est un espace de recherche et de création

Le Studio Ananas est un espace de recherche et de création qu’elle a fondé en 2023, à un moment où elle ressentait le besoin de s’immerger pleinement dans la composition, elle qui évolue dans plusieurs disciplines à la fois. « Je l’ai structuré en société afin de proposer des prestations en tant que compositrice visuelle, graphiste et architecte ». Le studio se veut également un lieu ouvert, capable d’accueillir d’autres artistes dans une dynamique de collaboration.
Cette exposition interroge les limites de la surconsommation
Cette exposition, Dots, Circles, Cycles littéralement « points, cercles, cycles » se présente comme une mise en scène qui interroge les limites de la surconsommation, née en partie d’une forme de frustration dans nos modes de vie. « Nous consommons beaucoup, sans toujours parvenir à travailler avec ce que nous avons déjà ».
Cette réflexion s’inscrit également dans le quotidien au Burkina Faso où, malgré une forte culture de la récupération souvent dictée par la nécessité et constituant un véritable moyen de subsistance pour de nombreuses personnes, nous restons globalement inscrits dans un modèle de consommation linéaire. Or, il est possible d’envisager une approche circulaire.
« À travers cette exposition, j’aborde ainsi les enjeux de l’économie circulaire et de la valorisation des ressources existantes, en questionnant nos capacités à recycler et à réinventer la matière. Il s’agit à la fois d’un phénomène économique, écologique et politique ».
Pour Soly, il existe aujourd’hui une forme d’injonction portée par le marché international, qui fabrique des besoins, souvent en jouant sur la peur. La peur de la maladie, de l’avenir, de ne pas être à la hauteur. Cette logique influence particulièrement les plus vulnérables et oriente une consommation dictée par des intérêts qui ne sont pas toujours partagés.

Au Burkina Faso, Soly perçoit néanmoins des formes de résistance à cette dynamique, à travers des pratiques de consommation locale plus mesurées, plus ancrées dans le réel. « Dans mon travail d’architecte et de designer, j’essaie justement de m’inscrire dans cette approche qui est de faire avec l’existant, valoriser ce qui est déjà là. C’est dans cet esprit que j’ai intitulé cette collection Circle, en référence à l’idée d’un cycle où l’on peut se nourrir de ses propres sources, sans dépendre systématiquement du neuf ».
De nombreux exemples montrent qu’il est possible de donner une nouvelle valeur à ce qui existe déjà, plutôt que de jeter. C’est une manière d’entrer dans une logique de croissance circulaire, où l’on peut évoluer et progresser sans forcément produire de perte.
« Cette collection ne cherche pas à imposer un discours moral ou des principes. Elle traduit plutôt une volonté de capter et de fixer des énergies ». Certains tableaux s’inspirent directement de chorégraphies, comme une manière de prolonger la mémoire du mouvement et de créer des traces sensibles de ces expériences éphémères. C’est aussi une façon, pour elle, de conserver et de prolonger ce vecteur de beauté.
Faire le portrait de quelqu’un sans le voir directement
L’exposition intègre également une série de portraits, des figures emblématiques de la lutte contre le dérèglement climatique comme Yacouba Sawadogo, Greta Thunberg, Donna Haraway ou Francis Kéré. Il s’agit de représenter des personnes autrement, sans nécessairement passer par la figuration classique. « On peut ainsi faire le portrait de quelqu’un sans le voir directement, en traduisant plutôt une présence, une énergie, une sensation ».

Cette approche s’éloigne de l’obligation de documenter ou de reproduire fidèlement le réel. Elle ouvre la voie à une interprétation plus libre, plus sensible, qui invite à sortir des sentiers battus et à repenser notre manière de représenter l’humain.