Harouna Neya

Boureima Passéré propose une exposition entièrement dédiée à la photographie de scène

Le photographe Boureima Passéré a présenté, le 9 avril 2026, sa toute première exposition photographique intitulée Fragments de lumière à l’Atelier international Daniel Burbeau, au sein de l’Espace culturel Gambidi. À travers cette première proposition artistique, il partage ses deux univers qui est celui du journalisme, son métier, et celui de la photographie, sa passion.

Boureima Passéré propose une exposition entièrement dédiée à la photographie de scène. ©Zanma

Fragments de lumière est le fruit de trois années de recherche. Tout a commencé lorsque Claude Guingané, le directeur de l’Espace culturel Gambidi, l’a approché pour lui proposer d’y exposer. À partir de là, un véritable travail de collaboration s’est mis en place. « Il m’a mis en relation avec M. Méda, le responsable de l’atelier d’exposition, qui m’a accompagné dans la sélection des images et la scénographie ».

Au début, il a soumis plus de mille photographies, couvrant plusieurs disciplines comme la danse, la marionnette, la musique, entre autres. À l’issue d’un processus rigoureux et minutieux, seules 24 images ont été retenues. C’est donc un travail bien pensé, construit sur la durée.

Il s’agit de sa toute première exposition photographique, et aussi d’une démarche assez singulière au Burkina Faso qui est celui de proposer une exposition entièrement dédiée à la photographie de scène. Le plus souvent, les expositions mêlent différents types d’images, alors qu’ici, le choix a été de se concentrer exclusivement sur cet univers.

« Franchement, je suis plus que satisfait de cette première exposition ». Il y a eu la présence des ambassadeurs, des autorités venues de Kaya, des représentants du ministère de la Culture, du BBDA, ainsi que des amis et des connaissances qui étaient présents. Cela a permis de mesurer à quel point son travail est apprécié.

« Ce que je souhaite avant tout transmettre, c’est une meilleure compréhension du travail du photographe ». Après un spectacle, que reste-t-il ? Que cherche à capter le regard du photographe ? Pendant la représentation, tout ne peut pas être perçu. Mais à travers l’image, il est possible de saisir des instants, souvent invisibles au public, et de leur donner une nouvelle existence. Il s’agit, en quelque sorte, de révéler une autre facette de la scène, d’offrir un regard différent sur des œuvres que le public a parfois déjà vues.

Chaque photographie raconte une histoire. Les images sélectionnées proviennent de spectacles issus de plusieurs pays notamment du Burkina Faso, du Burundi, de la Tanzanie, de la Tunisie, du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Mali et du Niger. « Ce n’est qu’après la sélection que cette diversité géographique s’est révélée, car le choix des œuvres ne s’est pas fait en fonction des pays, mais bien de leur force artistique ».

Maîtriser les procédures administratifs

Après la sélection des images, l’équipe de l’exposition a pris contact avec les personnes concernées afin de les informer du projet d’exposition et de recueillir leur accord. Une fois ce premier échange établi, ils se rapprochent des compagnies ayant créé les spectacles, qui facilitent ensuite la mise en relation avec les intéressés. Dans certains cas, il s’agissait de connaissances, ce qui a simplifié les démarches. Un échange direct a suffi pour obtenir leur accord.

Ce processus montre à quel point il est essentiel de bien maîtriser les aspects administratifs et relationnels lorsqu’on se lance dans ce type de projet. Anticiper ces démarches permet d’éviter d’éventuels problèmes par la suite et de garantir un cadre respectueux pour tous les acteurs impliqués.

Ce que je souhaite avant tout transmettre, c’est une meilleure compréhension du travail du photographe »: Passéré . ©Zanma

« Pour moi, la photographie exige avant tout de la passion. Sans cela, il est difficile de s’y inscrire durablement ». Il faut aussi comprendre que la photographie nourrit avant tout une démarche artistique, et qu’elle ne doit pas être abordée de manière superficielle. « Beaucoup ont tendance à tout mélanger, alors qu’il est essentiel de se spécialiser dans un domaine précis. Cela permet de mieux se construire, de progresser et de trouver plus facilement sa voie ».

Au-delà de la passion, la patience est indispensable. Il est également important de se former et de s’inspirer des aînés. « Personnellement, j’ai bénéficié de l’accompagnement d’un mentor qui m’a appris à maîtriser mon appareil pendant deux ans. Le reste s’est construit progressivement, sur le terrain, à travers l’expérience ».


Exposition : Le retour de Thomas Sankara dans le Burkina Faso d’aujourd’hui

Placée sous le thème Thomas Sankara, le retour, l’exposition s’est tenue le 28 avril 2026 au Musée communal de Bobo-Dioulasso. À travers archives, objets et récits, ce parcours met en lumière la permanence de sa pensée dans le Burkina Faso d’aujourd’hui, où ses valeurs continuent d’inspirer.

Le parcours met en lumière la permanence de sa pensée dans le Burkina Faso d’aujourd’hui.© Musée communal sogossira Sanon

L’exposition s’ouvre sur une citation de Thomas Sankara : « La liberté de critiquer déclenche également la liberté de protester. Nous leur retirons la liberté de nuire et nous leur donnerons la liberté de servir le peuple ». Une entrée en matière, qui fait écho à l’actualité du Burkina Faso et rappelle que, déjà sous son ère, les questions de liberté d’expression et d’opinion étaient au cœur des débats. Aujourd’hui encore, cette réflexion résonne avec notre contexte.

Le parcours se poursuit par une plongée dans l’enfance de Thomas Sankara. De sa naissance, son origine familiale au sein d’une fratrie de dix enfants, ainsi que ses premières années à l’école primaire. L’exposition revient ensuite sur sa formation militaire, débutée au Prytanée militaire du Kadiogo, avant d’être poursuivie à Madagascar, où il parachève son apprentissage et forge une partie de sa pensée. Un espace est également consacré à sa vie personnelle. Marié à l’état civil, il était père de deux enfants. Sa sensibilité artistique y est aussi évoquée à travers sa passion pour la musique et la guitare. Le parcours retrace ensuite son engagement politique, de sa nomination comme ministre de l’Information à son poste de Premier ministre, en passant par son emprisonnement, jusqu’au coup d’État qui le porte au pouvoir.

Ses idéaux et ses combats occupent une place centrale notamment le panafricanisme, la souveraineté, et sa volonté de gouverner par l’exemple. Cette vision s’est notamment traduite par des gestes, comme le renoncement aux véhicules de luxe au profit d’un modèle simple, pour dire que l’exemplarité doit venir des dirigeants.

Son engagement pour l’agriculture est également mis en avant, avec des politiques ayant contribué à atteindre l’autosuffisance alimentaire. L’exposition évoque aussi des initiatives symboliques, comme l’encouragement à planter des arbres, jusque dans les cérémonies de mariage, participant à faire reverdir le pays.

D’autres aspects de son action sont abordés, notamment la valorisation des tenues traditionnelles, inscrite dans une logique de réappropriation culturelle.

Enfin, le parcours se conclut sur sa disparition, avec la présentation d’un document qui est son certificat de décès, où il est mentionné une « mort naturelle ».

Tuez Sankara, des milliers de Sankara naîtront

L’exposition montre que Thomas Sankara demeure présent à travers ses idéaux, toujours vivants dans les pratiques actuelles. En témoignent les initiatives citoyennes, le retour aux tenues traditionnelles, l’engagement pour la protection de l’environnement. Autant de dynamiques qui donnent sens à ce « retour » évoqué par le thème de l’exposition.

Parmi les éléments, le public découvre des images de figures considérées comme des « trésors humains vivants », ainsi que des objets symboliques ayant appartenu à Sankara, notamment sa guitare offerte par Omar Bongo et son pistolet personnel.

Ce retour s’explique aussi par une phrase : « Tuez Sankara, des milliers de Sankara naîtront ». Une vision qui semble aujourd’hui trouver écho. L’héritage laissé, renforcé par le travail de figures comme Norbert Zongo, a contribué à éveiller les consciences. Les œuvres et les actions de Sankara continuent de parler d’elles-mêmes.

L’exposition montre que Thomas Sankara demeure présent à travers ses idéaux. © Musée national

Après des années marquées par des régimes où ces idéaux ont parfois été mis en veille, un regain d’appropriation s’observe, notamment depuis l’insurrection populaire. Le port du Faso Danfani, le désir de transparence et d’exemplarité dans la gouvernance traduisent cette volonté de retour aux fondamentaux. Cette prise de conscience dépasse même les frontières nationales et s’inscrit dans une dynamique plus large à l’échelle africaine.

Pour que cet élan s’inscrive dans la durée, l’appel est lancé aux autorités à maintenir le cap, à gouverner par l’exemplarité, mais aussi à la population à soutenir et protéger ceux qui portent ces idéaux. L’ambition est claire.  Faire en sorte que chaque Burkinabè, à son niveau, incarne une part de cet héritage, en contribuant à faire vivre la mémoire et les valeurs de Sankara.


La 3e édition de la biennale Yiriwa : l’heure est à la valorisation de soi

La biennale des arts visuels Yiriwa, organisée par le Collectif Wekré, tient sa 3e édition du 25 avril au 2 mai 2026 à Bobo-Dioulasso autour du thème : « Contribution des arts visuels à la promotion de nos valeurs endogènes ». À travers cette édition, Yiriwa entend accompagner cette réflexion en mettant en lumière le rôle des arts visuels dans la valorisation des identités culturelles africaines.

Yiriwa a pour ambition de contribuer à la promotion des arts visuels à Bobo-Dioulasso. © Eidy Aboubacar Dagnoko

Pour Aboubacar Sanga, le secrétaire exécutif du collectif, le festival Yiriwa a pour ambition de contribuer à la promotion des arts visuels à Bobo-Dioulasso, considérée comme la capitale culturelle du Burkina Faso. Cette initiative est née d’un constat. Une baisse notable de la création, du dynamisme artistique, de l’engouement et de la motivation dans la ville.

Partout en Afrique, l’heure est à la valorisation de soi

Le choix de ce thème s’inscrit pleinement dans les aspirations actuelles, au Burkina Faso comme dans de nombreux pays africains. « Aujourd’hui, l’heure est à la valorisation de soi, à la réappropriation de nos valeurs, notamment celles dites endogènes c’est à dire nos pratiques culturelles, nos us et coutumes, nos manières de nous habiller, de nous nourrir et de vivre ensemble » : confie Aboubacar Sanga.

L’objectif est de montrer que les arts visuels peuvent jouer un rôle actif dans la promotion et l’enracinement de ces valeurs. Si les musiciens portent déjà des messages de paix, de fraternité, d’amour, d’unité et de retour aux traditions, il n’y a aucune raison que les arts plastiques restent en marge de cette dynamique.

Sanga: « Il s’agit pour nous, d’accompagner ce mouvement de fond ». Partout en Afrique, on observe une volonté de se reconnecter à son histoire, de se réapproprier son récit et de le raconter soi-même. Dans ce contexte, les artistes visuels ont un rôle essentiel à jouer à travers leurs créations, ils peuvent donner vie à ces valeurs, sensibiliser les publics et contribuer à une forme d’éducation culturelle. C’est cette conviction qui a guidé le choix de ce thème.

 La dimension régionale de Yiriwa

Pour cette 3e édition de Yiriwa, quatre disciplines majeures sont mises à l’honneur, à savoir la peinture, largement dominante, suivie de la sculpture, de la photographie et des installations. Cette diversité traduit la richesse des approches artistiques mobilisées autour du thème.

En termes d’impact, l’ambition est claire. C’est permettre aux visiteurs de se reconnaître dans les œuvres présentées.  Sanga: « Il s’agit de créer un véritable espace d’échange entre le public et les artistes, où ces derniers peuvent partager leur démarche, leur vision et la philosophie qui sous-tend leurs créations ». À travers ce dialogue, les artistes sont appelés à trouver les mots justes pour transmettre le sens de leur travail et toucher les visiteurs. Pour les organisateurs, l’objectif sera atteint si, à l’issue de la visite, le public repart avec une meilleure compréhension du discours artistique et un regard renouvelé sur les valeurs mises en avant.

Installation de l’oeuvre de Touré Anna Mariama de la république de Guinée. © Eidy Aboubacar Dagnoko

La dimension régionale de Yiriwa se traduit par la participation d’artistes venus de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest dont le Burkina Faso, le Mali, la Guinée et le Niger. En réunissant des artistes issus de ces différents pays, Yiriwa cherche à favoriser les retrouvailles autour de cet héritage commun. Il s’agit de faire émerger des correspondances, comme celles que l’on retrouve dans le Faso Danfani, également présent au Mali ou en Côte d’Ivoire, ou encore dans certains motifs traditionnels répandus à travers toute l’Afrique de l’Ouest.

L’objectif est donc de créer un espace de reconnaissance mutuelle, où les artistes prennent conscience de ce qui les unit. En partageant ces références communes, ils renforcent leur sentiment d’appartenance et leur rôle d’ambassadeurs culturels, capables de valoriser et de transmettre ces richesses au sein de leurs communautés respectives.

Porter les combats et les valeurs de sa société

Aux artistes, « je dirais avant tout de porter les combats et les valeurs de leur société » : Sanga.

Une création qui ne parle pas à son propre environnement risque de laisser indifférent. Si une œuvre ne trouve aucun écho auprès de ceux qui nous entourent, il est important de s’interroger, de se remettre en question. Les premiers publics, les premiers soutiens y compris les acheteurs devraient être issus de notre communauté immédiate, avant toute reconnaissance extérieure.

À travers on installation intitulée La servitude moderne, l’artiste Burkinabè Mohamed Ouadraogo, confronte l’esclavage d’hier imposé et celui d’aujourd’hui plus subtil mais présent. pour lui la modernité constitue parfois une novelle forme de servitude. sa creation pousse sa communauté à s’interroger sur sa propre liberté.

L’installation intitulée La servitude moderne de l’artiste Mohamed Ouedraogo. © Eidy Aboubacar Dagnoko

Il est donc essentiel pour les artistes de s’ancrer dans leur réalité, de s’intéresser à leur société et de créer avec un langage accessible et compréhensible pour leur public local. « Un artiste qui cherche à s’adresser au monde sans dialoguer avec sa propre communauté s’éloigne, selon moi, d’une mission fondamentale qui est celle de sensibiliser et d’éduquer »: Sanga.

Par ailleurs, des rencontres comme Yiriwa doivent aussi être des espaces de connexion. Elles offrent aux artistes l’opportunité de tisser des liens, de construire des réseaux solides et d’imaginer des projets communs. C’est en collaborant et en partageant leurs expériences qu’ils pourront renforcer leur impact et faire évoluer durablement la scène artistique.


« Je souhaite que les visiteurs retiennent avant tout que le cheval est au cœur de notre culture » : Harouna Marané

Présentée le 11 avril 2026 à Les Ateliers Maaneere, l’exposition photographique Le cheval, l’âme d’un peuple de Harouna Marané met le cheval à l’honneur. Photographe depuis 2002, l’artiste s’est progressivement orienté vers une démarche plus artistique à partir de 2017, à la suite de formations suivies lors d’une résidence en Allemagne. Longtemps engagé dans le photojournalisme, il se définit aujourd’hui comme photographe freelance, à la fois artiste et scientifique.

Harouna Marané, photographe freelance, à la fois artiste et scientifique. © Fredo Bassolé

Certaines images de cette série avaient déjà été présentées en 2022, sous le thème « Burkina Faso, terre de cheval » à Bilbalogo. Depuis, le travail a évolué, tant dans sa qualité que dans son approche. « J’ai affiné le choix des images, retravaillé les angles de prise de vue, et cherché à proposer une lecture plus aboutie de ce sujet ».

Aujourd’hui, il a souhaité revisiter cette série sous un autre angle, avec un thème plus en phase avec le contexte national : « L’âme d’un peuple ». Car au Burkina Faso, le cheval dépasse largement sa simple fonction utilitaire. Il est profondément lié à l’identité culturelle. « La légende raconte que l’ancêtre des Mossi, la princesse Yennenga a quitté Gambaga à cheval, un récit fondateur qui a notamment donné naissance au patronyme Ouédraogo ».

Le cheval est omniprésent dans la société burkinabè

Historiquement, la cavalerie a joué un rôle majeur, et aujourd’hui encore, le cheval reste omniprésent dans la société burkinabè. Il est devenu un symbole national, que l’on retrouve dans les armoiries du pays, mais aussi au quotidien et les représentations contemporaines, qu’il s’agisse du sport comme le football, le cyclisme ou des cérémonies officielles. « Par exemple, lors des présentations de lettres de créance à la présidence, ce sont des chevaux qui accueillent les ambassadeurs à leur arrivée ». Autant de signes qui témoignent de la place centrale du cheval dans l’histoire et de l’identité.

Historiquement, la cavalerie a joué un rôle majeur, et aujourd’hui encore. © DTO

L’exposition a été structurée autour de plusieurs sous-thématiques, toutes reliées à la thématique centrale. On y retrouve notamment le sport et l’univers hippique, la cavalerie en milieu urbain, mais aussi les usages contemporains du cheval par les Burkinabè, que ce soit comme symbole de prestige, dans les mariages, les activités culturelles ou encore comme source de revenus.

Pour Marané, le choix du noir et blanc s’inscrit dans une volonté de créer un lien entre le passé celui des récits fondateurs et le présent. Ce choix permet de traverser le temps et de donner une lecture plus intemporelle des images. « Dans ma pratique, je m’adapte aux situations et aux angles de prise de vue, qu’il s’agisse de paysages ou de portraits, avec l’objectif de restituer le sujet et de le mettre pleinement en valeur.  Généralement, je travaille en noir et blanc ».

Ce que les visiteurs doivent avant tout retenir    

« Je souhaite que les visiteurs retiennent avant tout que le cheval est un véritable emblème, au cœur de notre culture ». Et cela ne concerne pas uniquement le pays moaga. Dans plusieurs communautés, comme chez les Peuls, le cheval a longtemps occupé une place centrale, à la fois dans les activités économiques, les déplacements et même les conflits. Des événements comme le Festival de Barani témoignent encore aujourd’hui de cette valorisation, en mettant le cheval à l’honneur.

« Je souhaite que les visiteurs retiennent avant tout que le cheval est au cœur de notre culture »: Marané. © DTO

« Des recherches et travaux antérieurs, notamment sur la cavalerie Bissa entre Garango et Tenkodogo, ou encore les études menées par une photographe française dans les années 1970, confirment cette présence historique ». Le cheval est profondément inscrit dans l’identité collective. On le retrouve dans Les pratiques sociales, dans les cérémonies, et même dans des éléments symboliques du quotidien, comme les motifs figurant sur certains documents officiels comme le passeport.

Cependant, posséder et entretenir un cheval reste aujourd’hui un défi en raison des coûts élevés que cela implique. Malgré cela, sa valeur symbolique demeure intacte.

« Pour ma part, je souhaite poursuivre ce travail en explorant davantage les multiples dimensions liées au cheval, afin de continuer à documenter et à valoriser cette richesse culturelle essentielle ».


L’exposition …°°°oooOOO (Dots. Circles. Cycles) de Michaela Solnicka : vers l’économie circulaire

Présentée le 4 avril 2026 à Jumphub , l’exposition …°°°oooOOO de Michaela Solnická du studio Ananas, prolonge une recherche plastique engagée depuis plusieurs années. Installée au Burkina Faso depuis 14 ans, l’artiste d’origine tchèque signe ici le deuxième volet d’un travail entamé en 2024, qu’elle estime encore inachevé. Avec ce volume 2, elle explore à nouveau les motifs du point, du cercle et du cycle, tout en assumant un titre volontairement décalé, qui échappe à une lecture immédiate.

« Dans ma précédente exposition, je cherchais à fixer, à travers la peinture, des énergies créatives souvent éphémères ». Soly évolue aussi dans les arts vivants, en collaboration avec des danseurs et des chorégraphes, où tout disparaît une fois la performance terminée, jusqu’au décor lui-même. Ce caractère fugace l’a poussée à réfléchir à la manière de préserver ces instants.

Elle a réalisé que des situations très ordinaires recèlent une énergie précieuse, capable de devenir trace ou témoignage d’un élan. « Je suis attachée à l’idée de prendre soin des choses, de ne pas gaspiller, et de valoriser ce qui nous entoure ». C’est dans cette démarche que s’inscrivent ces œuvres, notamment des tableaux réalisés à partir de tissus récupérés ou de chutes issues de la menuiserie.

Le Studio Ananas est un espace de recherche et de création

Le Studio Ananas est un espace de recherche et de création qu’elle a fondé en 2023, à un moment où elle ressentait le besoin de s’immerger pleinement dans la composition, elle qui évolue dans plusieurs disciplines à la fois. « Je l’ai structuré en société afin de proposer des prestations en tant que compositrice visuelle, graphiste et architecte ». Le studio se veut également un lieu ouvert, capable d’accueillir d’autres artistes dans une dynamique de collaboration.

Cette exposition interroge les limites de la surconsommation

Cette exposition, Dots, Circles, Cycles littéralement « points, cercles, cycles » se présente comme une mise en scène qui interroge les limites de la surconsommation, née en partie d’une forme de frustration dans nos modes de vie. « Nous consommons beaucoup, sans toujours parvenir à travailler avec ce que nous avons déjà ».

Cette réflexion s’inscrit également dans le quotidien au Burkina Faso où, malgré une forte culture de la récupération souvent dictée par la nécessité et constituant un véritable moyen de subsistance pour de nombreuses personnes, nous restons globalement inscrits dans un modèle de consommation linéaire. Or, il est possible d’envisager une approche circulaire.

« À travers cette exposition, j’aborde ainsi les enjeux de l’économie circulaire et de la valorisation des ressources existantes, en questionnant nos capacités à recycler et à réinventer la matière. Il s’agit à la fois d’un phénomène économique, écologique et politique ».

Pour Soly, il existe aujourd’hui une forme d’injonction portée par le marché international, qui fabrique des besoins, souvent en jouant sur la peur. La peur de la maladie, de l’avenir, de ne pas être à la hauteur. Cette logique influence particulièrement les plus vulnérables et oriente une consommation dictée par des intérêts qui ne sont pas toujours partagés.

Au Burkina Faso, Soly perçoit néanmoins des formes de résistance à cette dynamique, à travers des pratiques de consommation locale plus mesurées, plus ancrées dans le réel. « Dans mon travail d’architecte et de designer, j’essaie justement de m’inscrire dans cette approche qui est de faire avec l’existant, valoriser ce qui est déjà là. C’est dans cet esprit que j’ai intitulé cette collection Circle, en référence à l’idée d’un cycle où l’on peut se nourrir de ses propres sources, sans dépendre systématiquement du neuf ».

De nombreux exemples montrent qu’il est possible de donner une nouvelle valeur à ce qui existe déjà, plutôt que de jeter. C’est une manière d’entrer dans une logique de croissance circulaire, où l’on peut évoluer et progresser sans forcément produire de perte.

« Cette collection ne cherche pas à imposer un discours moral ou des principes. Elle traduit plutôt une volonté de capter et de fixer des énergies ». Certains tableaux s’inspirent directement de chorégraphies, comme une manière de prolonger la mémoire du mouvement et de créer des traces sensibles de ces expériences éphémères. C’est aussi une façon, pour elle, de conserver et de prolonger ce vecteur de beauté.

Faire le portrait de quelqu’un sans le voir directement

L’exposition intègre également une série de portraits, des figures emblématiques de la lutte contre le dérèglement climatique comme Yacouba Sawadogo, Greta Thunberg, Donna Haraway ou Francis Kéré. Il s’agit de représenter des personnes autrement, sans nécessairement passer par la figuration classique. « On peut ainsi faire le portrait de quelqu’un sans le voir directement, en traduisant plutôt une présence, une énergie, une sensation ».

Cette approche s’éloigne de l’obligation de documenter ou de reproduire fidèlement le réel. Elle ouvre la voie à une interprétation plus libre, plus sensible, qui invite à sortir des sentiers battus et à repenser notre manière de représenter l’humain.


Le film « Two » : Le silence des inégalités

Sorti en 1964, « Two » est un court-métrage réalisé par le réalisateur indien Satyajit Ray. En 12 minutes et sans aucun dialogues, Ray parvient à transposer à l’écran les disparités sociales mise en scène par deux jeunes garçons.

Connu comme l’une des meilleures œuvres cinématographiques de Satyajit Ray, ce film met avant   la rencontre entre deux garçons issus de milieux sociaux opposés. Le premier, un enfant riche, vit dans une maison luxueuse remplie de jouets sophistiqués. Le second, un enfant des rues, réside dans une modeste cabane en bordure de la propriété du premier. Le garçon riche dans l’expression de sa solitude en touchant à tout, est interrompu par le son mélodieux d’une flûte. Il s’avance alors vers la fenêtre et découvre le garçon des rues jouant de cet instrument. Rapidement, on assiste à une séance de « qui dit mieux » entre les deux gamins avec leurs jouets. Les enchères prennent une autre tournure lorsque le garçon pauvre présente son cerf-volant, symbolisant la liberté tandis que le garçon riche est montré dans sa belle maison mais derrière des barres de fer à l’image d’une prison. Jaloux, le garçon riche utilise son pistolet à air comprimé pour abattre le cerf-volant montrant l’image de la domination par la force et le pouvoir. Une tendance vite renversée lorsque le garçon riche entouré par le bruit de ces nombreux jouets arrive toujours à entendre le son de la flûte de son antagoniste. Impuissant et seul, il réfléchit alors à ses actes. Ainsi, la juxtaposition des sons à la fin vient encore renforcer le contraste entre les deux classes, deux réalités.

L’absence de dialogue rend le film accessible, l’universalise et permet au spectateur de concentrer sur les gestes, les expressions mise en scène à travers un impressionnant jeu de caméra. Habilement, Ray arrive a joué avec ces cadrages pour représenter la hiérarchie sociale et la dynamique de domination entre les personnages. C’est l’un des aspects les plus remarqués du film ; l’utilisation subtile des plans de plongée et contre-plongée pour souligner le rapport de force entre les deux enfants. En effet, l’enfant pauvre est filmé en plongée, le réduisant visuellement, le diminuant face à la supériorité matérielle de son adversaire. En revanche, Ray filme parfois le garçon riche en contre-plongée, accentuant son pouvoir et sa domination.

L’usage des plongées et contre-plongées, démontre une maîtrise du langage cinématographique qui dépasse la simple narration et touche aux fondamentaux du cinéma. À travers le jeu de ces enfants, Ray aborde de grandes thématiques sociales. Le duel entre les deux garçons devient une métaphore de la lutte des classes.

Outre, ce film est interprété par certains critiques comme une allégorie de la guerre du Vietnam, dans laquelle le garçon riche symbolisant les forces impérialistes et le garçon des rues représentant les populations opprimées mais résistantes et résilientes. Two reste aujourd’hui, malgré l’absence de son auteur, une référence en matière de cinéma et d’utilisation du visuel comme vecteur d’émotion et de réflexion sociale.


« Lorsqu’on crée dans l’ombre, sans accès à des réseaux professionnels, il devient difficile d’intégrer un circuit…» : Armelle Dakouo

Armelle Dakouo est la commissaire d’exposition de la troisième édition de la Biennale de photographie PhotoSa 2025, qui se tient à Ouagadougou du 22 au 29 novembre. Pour Armelle, le festival PhotoSa offre une plateforme essentielle pour renforcer la visibilité des femmes photographes.

La sélection a été construite de manière tout à fait logique, en lien direct avec la thématique retenue cette année “(R)Évolution”. « C’est volontairement un jeu de mots, avec ce “R” entre parenthèses ». Il permet d’ouvrir deux lectures, soit la révolution au sens plein, soit l’évolution progressive. « L’objectif n’est pas nécessairement de provoquer la révolution même si certaines propositions artistiques peuvent aller dans ce sens mais plutôt d’explorer les transformations culturelles, politiques, sociales, économiques et climatiques qui traversent nos sociétés » : Armelle Dakouo

Une équité entre les artistes photographes femmes et hommes

Pour cette édition, Adrien Bitibaly, l’initiateur de la Biennale, a choisi de confier le processus à un jury, que Armelle a eu l’honneur de présider. « Nous avons donc travaillé sur les candidatures reçues à travers l’appel à projets. Au final, douze artistes ont été retenus, dont six femmes ». En ajoutant les cinq photographes invités, c’est dix-sept artistes au total qui viennent de onze pays différents.

Dans la sélection, le comité a tenu à garantir une réelle équité entre les artistes photographes femmes et hommes. Mais au-delà de cette volonté d’équilibre, c’est surtout la qualité artistique, la force esthétique des propositions, ainsi que le parcours de chaque artiste qui ont guidé les choix. « Les femmes photographes sélectionnées présentent, cette année, des profils extrêmement variés. De créatrices reconnues sur la scène internationale à de jeunes talents prometteurs. »

Parmi elles, Fatoumata Diabaté, photographe malienne de renommée internationale, expose l’une de ses dernières séries consacrées à la question de l’excision, un sujet à la fois intime et politique.

Quant à Mariam Niaré, jeune photographe malienne en début de carrière, elle interroge les enjeux écologiques et la pollution dans une série. Certaines artistes ont déjà un parcours confirmé, à l’image d’Anne-Laure Gueret, photographe française ayant longuement vécu dans plusieurs pays d’Afrique. Elle présente une série réalisée à Accra, au Ghana. La sélection inclut aussi Margarita V. Beltran, artiste colombienne, qui propose un travail profondément personnel autour de l’exil politique de son père à travers l’image.

Du côté du Burkina Faso, la photographe Soum Eveline Bonkoungou, dont la série se penche sur un panier traditionnel offert aux jeunes mariés un objet chargé de sens mais aujourd’hui menacé de disparition. L’Italienne Cristina Cosmano, quant à elle, dévoile un projet réalisé à Cuba, entre illusions, désirs d’ailleurs et rêves d’un avenir meilleur.

La photographe Soum Eveline Bonkoungou, dont la série se penche sur un panier traditionnel menacé de disparition. © PhotoSa

Nous découvrons aussi Jessica Nadi Dago, jeune photographe ivoirienne, qui signe une série intitulée Ma place. Elle y interroge la place de la femme dans la société africaine, prise entre attentes familiales, rôles traditionnels et aspirations professionnelles.

Enfin, l’artiste allemande Johanna Maria Fritz présente un reportage réalisé au Soudan du Sud. Elle y documente la vie de patients dans ce qui est aujourd’hui le dernier hôpital en fonctionnement dans un pays en guerre. « Le festival représente pour nous une véritable opportunité de donner de la visibilité aux artistes et de faire circuler leurs œuvres. Il est essentiel que cette plateforme demeure un espace équitable, notamment pour les femmes photographes ».

Pas toujours légitime pour une femme

Être une artiste photographe femme n’est pas évident. Beaucoup doivent affronter des difficultés supplémentaires. Certaines en témoignent d’ailleurs. Lorsqu’on est mère, il devient encore plus complexe de poursuivre une carrière artistique. À cela s’ajoutent les contraintes sociales et culturelles.  Dans certains contextes, le métier de photographe n’est pas toujours perçu comme légitime pour une femme. « C’est précisément pour cela que nous les encourageons, les accompagnons et les soutenons, que ce soit dans la présentation de leurs œuvres ou dans l’évolution de leur parcours. Notre objectif est clair : assurer leur visibilité et leur permettre de trouver leur place dans le paysage artistique contemporain ».

Les outils dont disposent les lieux d’exposition, espaces de démonstration, plateformes culturelles sont essentiels pour renforcer cette visibilité. Un artiste ne peut exister pleinement que si son travail circule, est vu, commenté, collectionné. « Lorsqu’on crée dans l’ombre, sans accès à des réseaux professionnels, il devient difficile d’intégrer un circuit, qu’il soit marchand ou institutionnel, ou même de faire reconnaître ses œuvres à un plus large public ».

L’objectif est d’assurer la visibilité et permettre aux artistes de trouver leur place dans le paysage artistique contemporain. © PhotoSa

Heureusement, il existe une diversité de structures galeries, institutions, musées, biennales de photographie, festivals qui permettent la diffusion des pratiques artistiques. Ce sont ces acteurs, ensemble, qui rendent possible l’évolution et la reconnaissance du travail des artistes.

« Ce travail a été rendu possible grâce au soutien de ANF.»


« Cahier d’un retour au pays natal » de Jean Michel Dissake Dissake : une exposition qui invite à sonder notre identité

Le vernissage de l’exposition Cahier d’un retour au pays natal du plasticien camerounais Jean Michel Dissake Dissake a eu lieu à Pefaco Hôtel le 11 septembre 2025, dans le cadre de la 11ᵉ édition de la Rencontre internationale d’art contemporain (RIAC). À travers cette série créée en 2023, l’artiste poursuit une quête d’équilibre entre le passé, le présent et l’avenir.

Ode à Senghor, Birago Diop, Le souffle des ancêtres, Forêt illuminée… autant de titres qui composent cette série riche de symboles et de textures. Sur les cartels, on peut lire Ode à Senghor ; la série Initiation, regroupant Bwete, Esa et Sans titre ; la série Milan Migongué 1, 2 et 3 ; Libala ; Birago Diop ; Le souffle des ancêtres et Forêt illuminée.

Les tableaux sont accrochés sur des panneaux disposés en demi-cercle, recouverts de tissu blanc, à l’extérieur comme à l’intérieur. Chaque toile, travaillée dans des gammes de noir, marron, rouge, bleu, vert ou jaune, laisse apparaître la couleur brute du fer grâce à des gravures métalliques. Face aux œuvres de Dissake, le spectateur est immédiatement happé par l’intensité des regards et la densité des formes. Visages difformes, fleurs, feuillages, silhouettes humanoïdes aux grands yeux vides semblent scruter le visiteur, comme pour lire en lui.

La technique employée est celle du médium mixte, avec peinture, collage et métal. Par cette démarche, l’artiste suggère un dialogue entre l’humain, l’animal et le cosmique. Des visages se fondent dans des motifs végétaux, des fonds métalliques gravés, dans une peinture qui interroge l’identité, le patrimoine, la communauté et le rapport au cosmos. Reliées et désorientées à la fois, ces figures ouvrent la voie à de multiples interprétations philosophiques et spirituelles.

Jean Michel Dissake Dissake est un artiste multimédia nourri d’un héritage singulier. Fils d’un architecte et petit-fils d’un chef traditionnel Sawa au Cameroun, il s’inspire de ces racines pour élaborer une démarche artistique où les codes et symboles dialoguent avec la nature. Ses œuvres témoignent d’une recherche constante d’harmonie et d’une volonté d’expérimenter avec de nouveaux matériaux, notamment les mosaïques.

Hommage à Aimé Césaire

Le titre de l’exposition fait référence au célèbre poème d’Aimé Césaire, publié pour la première fois en 1939. Texte fondateur de la Négritude, Cahier d’un retour au pays natal est à la fois cri de révolte, méditation sur l’identité noire et quête de renaissance.

Comme Césaire qui interroge son île, la Martinique, pour retrouver une mémoire occultée par la colonisation, Dissake semble explorer, à travers ses visages multiples, une mémoire collective africaine marquée par l’histoire. Les toiles, peuplées de figures morcelées et imbriquées, traduisent un même processus de reconstruction identitaire. Tous deux interrogent l’exil, la mémoire, l’identité noire et le besoin de réenracinement.

L’œuvre Libala, qui signifie « mariage » en lingala, met en scène deux personnages unis par les bras et le cou, entourés de visages abstraits en arrière-plan. La répétition de ces figures disproportionnées lui permet de dialoguer avec les autres toiles tout en proposant une représentation plus claire de l’humain. Le noir, le blanc et le gris métallique créent un effet rappelant le trait du crayon, tandis que son allure sculpturale évoque le bas-relief.

Contrairement à d’autres œuvres plus énigmatiques, Libala s’oriente vers une lecture symbolique de l’union. L’homme, vêtu de lignes verticales, suggère la croissance et la continuité, tandis que la femme, ornée de cercles, renvoie à la fécondité et à l’abondance. Les deux figures, main dans la main comme dans une danse rituelle, se tiennent sous les regards d’une assistance tantôt abstraite, tantôt distincte, avec deux demi-visages semblant officier cette union. Devant Libala, le public a l’impression d’assister à un mariage qui transcende l’humain pour atteindre le sacré, comme si l’union devenait un rituel.

Saisir le message sans explication

Les visages superposés et les lignes complexes peuvent sembler hermétiques à un public non initié, qui pourrait peiner à saisir le message sans médiation. Le lien avec Cahier d’un retour au pays natal n’apparaît pas forcément d’emblée, si ce n’est par le titre. Ce décalage peut constituer une faiblesse en rendant la thématique moins lisible. Mais il peut aussi être une force, en ouvrant un espace d’interprétation libre où peinture et poésie se rencontrent.

Il serait intéressant de proposer, lors du vernissage, une lecture d’extraits du poème de Césaire pour ancrer immédiatement le spectateur dans cet univers. L’exposition Le souffle de l’indépendance tachée de sang de Sophie Fardet, qui associait lectures de textes par des comédiens et portraits de vingt-deux présidents africains assassinés, illustre cette approche. De même, associer chaque tableau à une citation du Cahier renforcerait le dialogue entre image et poésie.

En revanche, la scénographie, notamment l’éclairage, n’a pas permis de mettre pleinement les œuvres en valeur. Cette expérience rappelle combien la présentation participe à la réception et à l’émotion artistique. À titre d’exemple, l’exposition ZIKR de la photographe burkinabè Soum Eveline Bonkoungou, présentée au Goethe-Institut de Ouagadougou, a tiré parti de zones tamisées et de focales ciblées pour magnifier les visages et l’univers religieux représenté.

« Cahier d’un retour au pays natal » invite à sonder la mémoire, l’identité et l’humanité partagée à travers des visages fragmentés. L’exposition séduit par la force expressive des œuvres de Dissake et leur capacité à interroger la mémoire et l’identité. Malgré certaines limites de mise en valeur, elle offre une réflexion sur l’universalité de la condition humaine, où l’être retrouve sa place dans le grand cercle du vivant.


Sanga Aboubacar : « Pour moi, un artiste, c’est un créateur. Pour le développement de sa création, c’est d’autres intervenants… ».

Sanga Aboubacar, entrepreneur culturel, est le secrétaire exécutif du collectif wekré qui est une association composée de jeunes Burkinabè aux profils et compétences variés, réunis autour d’un même engagement : mettre leur expertise au service de la promotion des arts plastiques. C’est dans cette dynamique qu’ils ont initié Wekré, le marché d’art contemporain de Ouagadougou. Le rendez-vous phare, qui se tient chaque année au parc urbain Bangr Weogo.

Sanga Aboubacar, entrepreneur culturel, est le secrétaire exécutif du collectif weké. © Wekré

Wekré, le marché d’art contemporain de Ouagadougou

Wekré est avant tout une plateforme de promotion et de diffusion des arts plastiques, aussi bien au Burkina Faso qu’à l’international.« Chaque année, nous lançons un appel à candidatures pour accueillir des artistes venus de tout le continent africain »: Sanga Aboubacar

Ce qui fait la particularité de Wekré, c’est son caractère pluridisciplinaire. Nous avons la sculpture, la peinture, le design, la photographie et les installations artistiques. Là où certains événements sont centrés sur une seule discipline, Wekré offre une vision d’ensemble de la diversité et de la richesse de la création contemporaine.

Ce rendez-vous est aussi une passerelle entre les artistes et les acteurs du marché de l’art. « Nous invitons chaque année des galeristes, des critiques d’art, des promoteurs culturels venus du monde entier. Leur présence permet non seulement de faire rayonner les artistes burkinabè et africains, mais aussi de créer des opportunités concrètes de collaboration, d’accompagnement et de circulation des œuvres ».

Chaque année, de nombreux visiteurs découvrent les arts plastiques pour la première fois. © Wekré

Leur ambition, à travers Wekré, est de contribuer à structurer un véritable marché local de l’art au Burkina Faso. Un enjeu crucial pour offrir aux artistes un cadre durable de visibilité et de viabilité économique. À Wekré, le festival ne se limite pas à une simple vitrine artistique. Il constitue un véritable espace de marché et de rencontres pour les plasticiens. « Vous avez la possibilité de vendre, parce que le travail que nous faisons est un travail de communication à l’endroit du grand public ».

Chaque année, de nombreux visiteurs découvrent les arts plastiques pour la première fois. Certains, séduits par un tableau, une sculpture ou une photographie, achètent sur un coup de cœur. « Sur les cinq éditions que nous avons organisées, nous avons vendu près d’une centaine de pièces. Bien sûr, nous aurions aimé aller encore plus loin, mais ce chiffre reste très encourageant ».

L’engouement ne cesse de croître. Ce qui fait de Wekré un lieu privilégié de vente directe et d’émergence de collectionneurs. Mais le festival va plus loin. Il ouvre des perspectives professionnelles. « Des personnalités du monde de l’art y sont invitées, comme Olivier Sultan, promoteur d’art à Paris, ou encore Mimi Errol et Célestin Koffi de Côte d’Ivoire. Grâce à ces rencontres, plusieurs jeunes artistes ont été sélectionnés pour exposer à l’étranger et établir des partenariats durables ». Wekré est ainsi un marché, un tremplin pour les artistes émergents et un lieu d’échanges entre créateurs, galeristes et amateurs d’art.

Le Burkina Faso est un pays de consommation d’artisanat d’art

Le marché de l’art contemporain au Burkina Faso reste très fragile. « La consommation des produits issus de la création contemporaine y est limitée, car le pays est surtout un pays de consommation d’artisanat d’art. C’est ce que traduisent des événements majeurs comme le SIAO ou l’existence du Centre National d’Artisanat d’Art du Burkina Faso ».

En revanche, les œuvres issues de la création contemporaine ne touchent qu’un cercle restreint, composé de personnes ayant les moyens et l’intérêt pour ce type d’art. Résultat : le marché reste infime, voire presque inexistant. Cette faiblesse s’explique aussi par l’absence de structuration du secteur. « Les artistes plasticiens sont souvent contraints de tout faire eux-mêmes.  Créer, promouvoir et vendre leurs œuvres. Pour moi, un artiste, c’est un créateur. Pour le développement de sa création, c’est d’autres intervenants. Il n’y a que par ça qu’on peut arriver à développer le secteur ».

Dans ce contexte, des initiatives comme le festival Wekré jouent un rôle essentiel. Elles permettent aux artistes d’accéder au public, d’exposer, de vendre et surtout de rencontrer des promoteurs et galeristes susceptibles de faire circuler leurs œuvres au-delà des frontières nationales. « Chaque année, nous mettons en place de nouvelles stratégies pour attirer et sensibiliser le public ».  

L’un des grands défis auxquels fait face le marché de l’art contemporain au Burkina Faso est le rapport du public à l’art plastique. Beaucoup de Burkinabè ne se sentent tout simplement pas concernés par ce domaine. « On entend souvent cette phrase, dite avec un sourire : ‘’Ah, ça, c’est des histoires de blancs’’ ». Cette remarque traduit une distance culturelle et symbolique entre les œuvres et une grande partie du public local.

« Pourtant, quand on regarde le travail d’artistes tels que Ki Siriki, Christophe Sawadogo, Harouna Ouedraogo ou Abou Traoré, on réalise que leurs œuvres racontent nos réalités, nos vécus, notre histoire et nos personnages. Elles parlent de nous, mais le public n’a pas toujours les outils de lecture nécessaires pour les comprendre ou les apprécier pleinement. »

C’est là un handicap majeur. Sans éducation artistique, il est difficile de créer une véritable base de consommateurs et de collectionneurs locaux. « Une des clés serait d’introduire l’enseignement de l’art plastique dès l’école primaire, pour initier les enfants à ce langage visuel, leur permettre de se familiariser avec ce domaine et d’en faire, plus tard, des acteurs et des publics avertis ».

À cela s’ajoute la nécessité de multiplier les événements culturels à travers le pays. « Avec une population de près de 25 millions d’habitants, c’est un vaste public potentiel à sensibiliser et à former. Cette éducation artistique est une étape cruciale pour transformer le public en consommateurs et acquéreurs d’œuvres ».

Même les opérateurs économiques pourraient jouer un rôle important. En intégrant l’art dans une logique de valeur et d’investissement, ils peuvent contribuer à dynamiser le marché. « Acheter une œuvre à 100 000 francs CFA et la revendre à 125 000 francs, c’est déjà reconnaître que l’art a une valeur spéculative ». C’est en développant ce type de réflexes économiques et culturels que l’on pourra renforcer le secteur. Le manque de connaissance du grand public sur les arts plastiques est aujourd’hui le plus grand obstacle au développement du marché local. Pour y remédier, il faut non seulement un travail de sensibilisation mais aussi une meilleure structuration de l’écosystème artistique, afin d’accompagner les artistes dans la promotion et la commercialisation de leurs œuvres.

Le marché de l’art au Burkina Faso connaîtra une véritable montée en puissance 

La multiplication d’événements artistiques portés par des acteurs nationaux, ce qui renforce la visibilité et la légitimité des arts plastiques sur le plan local. Par ailleurs, une nouvelle génération d’artistes émerge, des jeunes créateurs capables de communiquer efficacement sur leurs œuvres grâce au digital. Cela facilite la diffusion, les rencontres avec des acheteurs potentiels et même des ventes en ligne.

« Dans les cinq à dix prochaines années, je suis convaincu que l’avenir des arts plastiques au Burkina Faso sera prometteur. D’abord parce que le numérique joue aujourd’hui un rôle déterminant ». Il est également question, à terme, d’introduire des modules d’arts plastiques à l’école primaire, ce qui permettra de sensibiliser les enfants dès le plus jeune âge. Ce public en construction constitue un levier important pour l’avenir du marché de l’art dans le pays.

« De notre côté, à Wekré, nous innovons chaque année pour trouver de nouvelles stratégies d’attraction du public. Tous ces éléments combinés permettent de croire que dans les années à venir, le marché de l’art au Burkina Faso connaîtra une véritable montée en puissance ».

Les habitudes de consommation aussi évoluent : beaucoup commencent par acheter de petites pièces avant de se tourner vers des œuvres plus importantes. Tout cela montre qu’un écosystème favorable est en train de se mettre en place.

« Sur le plan international, le monde de l’art dispose déjà d’un véritable dispositif de valorisation des œuvres, communément appelé “la cote” dans le milieu. Ce système repose sur plusieurs mécanismes qui permettent de donner une valeur marchande et symbolique aux créations des artistes ». Il existe des ventes aux enchères au cours desquelles les œuvres sont proposées à un large public de collectionneurs et de professionnels. Lorsqu’une œuvre est vendue dans ce cadre, cela signifie qu’elle a franchi un palier en termes de reconnaissance et de valeur. Le prix obtenu lors de ces ventes est souvent bien plus élevé que le montant initial proposé directement par l’artiste. C’est ainsi que se construit et s’élève la cote d’un artiste.

« Mais au-delà de ces mécanismes, le parcours de l’artiste lui-même joue un rôle déterminant ». Plus un artiste construit un parcours solide, participe à des expositions prestigieuses, collabore avec des institutions reconnues, plus la valeur de son travail augmente.

En somme, la valorisation d’une œuvre repose sur une combinaison de facteurs : le marché, la critique, les ventes, mais aussi le cheminement artistique. Tous ces éléments contribuent à donner de la valeur à une œuvre et à inscrire l’artiste dans une véritable dynamique de reconnaissance internationale.

« Ce travail a été rendu possible grâce au soutien de ANF.»


« C’est la capacité à investir dans sa carrière qui permet de tenir sur la durée » : Christophe Sawadogo

Christophe Sawadogo, est un artiste peintre burkinabè et fondateur des Ateliers Maneeré. C’est un espace où il crée, expose ses œuvres, qu’il met également à la disposition d’autres artistes afin qu’ils puissent s’exprimer. Pour lui, Il est essentiel que les créations trouvent leur place ici, en Afrique, et ne partent pas uniquement à l’extérieur. C’est à ce prix que notre art pourra grandir et rayonner.

Le processus créatif doit pouvoir refléter les pulsions intérieures

Le processus créatif, pour lui, c’est avant tout une foule d’émotions et d’idées qui se bousculent. Le plus difficile, c’est de réussir à les agencer pour qu’elles trouvent leur place sur la toile. Un jet de couleur, un tracé… tout cela doit pouvoir refléter les pulsions intérieures.

Avoir l’inspiration, c’est une chose. Mais savoir l’exprimer, c’en est une autre. « Ce que j’ai appris au fil de mon parcours, ce sont les acquis techniques, mais aussi les doutes. Parce qu’il y a toujours des obstacles souvent imprévus qui apparaissent dans le processus. Et finalement, ces obstacles deviennent aussi révélateurs de notre personnalité ».

Le processus créatif doit pouvoir refléter les pulsions intérieures. © Christophe Sawadogo

Pour lui, il n’existe pas de méthode unique. C’est un mélange de vécu et d’expérience. Parce que dans une œuvre, il y a ce que nous savons déjà et ce que nous découvrons en créant. « On dira que c’est moi l’auteur, mais en réalité il y a ce que la toile elle-même suggère, et ce que j’y apporte. C’est cette rencontre, ce dialogue, qui fait naître l’œuvre ».

Aujourd’hui, sa démarche artistique se divise en deux volets

Au départ, il a travaillé avec l’encre de Chine sur papier. Ensuite, il a voulu transposer cette technique sur toile, avant d’explorer l’acrylique. Petit à petit, il a expérimenté des mélanges avec de la terre, ce qui donne plus de matière et de relief à ses toiles, contrairement au papier qui reste plus transparent, plus fluide et léger.

« Aujourd’hui, ma démarche se divise en deux volets. Sur papier, j’expérimente surtout l’encre de Chine, l’aquarelle, des techniques plus fines et légères. Sur toile, je travaille plutôt l’acrylique, les terres et parfois le collage, ce qui donne des textures plus denses et organiques ».

La plupart du temps, ces œuvres traduisent son vécu, ses expériences avec la vie et ce que qu’il observe dans la société. Elles racontent autant ses relations personnelles, ses souvenirs d’enfance que des réalités collectives : les crises, les aspirations à la paix, la justice, la solidarité, le vivre-ensemble.

« Je travaille beaucoup en atelier, dans une démarche intime et personnelle. Mais je crée aussi en groupe, avec des enfants, des adultes, des inconnus, au Burkina Faso, au Ghana ou ailleurs. Ces rencontres nourrissent mon art et jalonnent mon parcours ».

Un exemple marquant est sa toile Ganpèla. Elle est née d’un atelier qu’il a animé dans une école sous paillotte du village de Ganpèla, près de Ouagadougou. Il y a travaillé avec des enfants déplacés venus du nord du Burkina, fuyant la crise sécuritaire. Ensemble, ils ont peint leur école et créé autour du thème du déplacement, de l’exil et de l’espérance. De cette collaboration est née une œuvre où le mot-clé est clair : la paix, la solidarité, le vivre-ensemble.

L’œuvre « Ganpèla », née d’un atelier animé dans une école sous paillotte avec des enfants déplacés.© Christophe Sawadogo

Les artistes doivent faire face à de nombreux défis pour exister dans le milieu

« Je pense qu’il y a toujours des obstacles. Comme le disait un grand artiste nigérian d’origine ghanéenne, El Anatsul : même dans le caïcedra, il y a des vers de terre qui y vivent . Cela veut dire que même dans un monde difficile, il reste des espaces de vie et d’expression ».

Pour lui, aujourd’hui, les artistes doivent faire face à de nombreux défis : l’insécurité, la précarité des conditions de travail, le manque de matériel, mais aussi l’isolement. « Il y a quelques années, il était plus facile de voyager, de rencontrer d’autres artistes, d’échanger. Aujourd’hui, tout est plus restreint, et les contacts se limitent souvent au virtuel. Or, l’art ne peut pas seulement se vivre derrière un écran : il faut bouger, aller vers l’autre, créer ensemble ».

Malgré ces contraintes, ils continuent à se battre pour s’exprimer, pour partager leurs créations, et pour garder l’espoir d’un monde plus ouvert, plus juste et plus paisible. Parce que c’est cela, au fond, le rôle de l’art : donner à voir, à ressentir, et à rêver, même dans l’adversité.

Aujourd’hui, les arts plastiques ont plus que jamais un rôle à jouer pour le retour de la paix.

« Nous sommes tous, directement ou indirectement, touchés par ce qui se passe autour de nous ». À travers leurs créations, ils doivent trouver le moyen de communiquer avec la société, de créer un espace de dialogue qui dépasse les frontières du langage.

L’art peut naître de notre environnement immédiat. Les matériaux rejetés dans la nature, les couleurs locales… tout cela peut être réutilisé pour donner vie à des œuvres de qualité, à condition d’y mettre de la rigueur et de la créativité. Ces choix apportent de nouvelles couleurs, de nouvelles formes d’expression, différentes de ce que l’on voit déjà ailleurs.

L’art peut naître des matériaux rejetés dans la nature. © Christophe Sawadogo

Lorsqu’on se retrouve dans des manifestations artistiques, c’est justement cette singularité qui compte : ce que chaque artiste apporte de son histoire, de sa terre, de sa culture. « Je crois profondément que nos terres et nos mémoires ont beaucoup à offrir à l’humanité. Et en ce sens, les artistes africains portent une grande responsabilité : celle de travailler pour que leur histoire, leur géographie et leur héritage continuent de rayonner dans le monde ».

L’espoir et la capacité à investir dans sa carrière qui permettent de tenir sur la durée.

Pour Christophe, c’est un milieu où l’on vient d’abord par passion. Parfois, cette passion est récompensée, parfois non. Quand il commencé, il devait chercher les moyens ailleurs. « J’ai fait de la maçonnerie, donné des cours à domicile… tout cela pour pouvoir investir dans mes créations. Aujourd’hui, grâce à Dieu, c’est mon art qui me fait vivre ».

L’art peut être un métier nourrissant, mais il demande beaucoup de patience et de persévérance. Le marché est restreint, les conditions sont difficiles, et il y a des moments de découragement. Mais quand on a vraiment la passion, on trouve toujours la force d’avancer. Comme le maçon croit en son métier ou l’agriculteur en sa terre, l’artiste doit croire en sa vocation, malgré les obstacles. « C’est le mental, l’espoir et la capacité à investir dans sa carrière qui permettent de tenir sur la durée ».

L’espoir et la capacité à investir dans sa carrière qui permettent de tenir sur la durée. © Christophe Sawadogo

L’avenir de nos arts ne dépend pas seulement de l’aide ponctuelle. Ce qu’il nous faut, ce sont de vraies infrastructures : des écoles de beaux-arts pour former, des galeries et musées actifs, une critique d’art, et surtout des collectionneurs et institutions locales qui achètent nos œuvres. « Il est essentiel que nos créations trouvent leur place ici, en Afrique, et ne partent pas uniquement à l’extérieur. C’est à ce prix que notre art pourra grandir et rayonner ».

« Ce travail a été rendu possible grâce au soutien de ANF.»