Harouna Neya

Dodji Kwami Agbetoglo : un modèle économique pour vivre de son art

Le parcours de Dodji Kwami Agbetoglo, sculpteur, designer et artisan basé à Lomé, illustre un modèle économique réfléchi qui lui permet de vivre pleinement de son art. À travers une approche qui allie création artistique, artisanat fonctionnel et recyclage, Dodji a bâti une structure économique viable, adaptée aux réalités locales et globales. Ce modèle repose sur une diversification stratégique de ses activités et sur une vision à long terme. 

Un modèle entre art et artisanat

Au cœur de la stratégie de Dodji se trouve la complémentarité entre son travail de sculpteur, qui représente l’essence de son art, et ses activités de designer et d’artisan. Si ses sculptures sont des pièces uniques, porteuses de sens et souvent exposées dans des galeries ou événements artistiques, elles ne constituent pas sa principale source de revenus. Ce sont les créations artisanales, comme les meubles et objets décoratifs qu’il conçoit, qui génèrent des ressources financières régulières. 

Ce modèle lui permet de tirer parti des deux univers qui sont le marché de l’art, où ses sculptures renforcent sa notoriété et lui ouvrent des opportunités d’expositions et de collaborations internationales. Aussi, le marché de l’artisanat, qui lui offre un revenu stable grâce à des produits destinés à une clientèle locale ou régionale à la recherche d’objets esthétiques et fonctionnels. 

En alternant entre ces deux sphères, Dodji optimise ses revenus tout en restant fidèle à sa vision artistique. 

Aussi, un autre pilier de son modèle économique réside dans l’utilisation de matériaux recyclés. Ce choix, au-delà de son impact environnemental, est également une stratégie économique. En s’approvisionnant en matériaux de récupération tels que le bois, le métal ou le plastique, Dodji réduit considérablement ses coûts de production tout en conférant à ses œuvres une identité unique et engagée. Cette démarche attire une clientèle sensible aux questions écologiques et renforce la valeur perçue de ses créations, tant sur le marché local qu’international. 

L’autofinancement comme moteur de création

Les revenus issus de ses activités artisanales et de design ne se limitent pas à subvenir à ses besoins quotidiens. Ils jouent un rôle dans l’autofinancement de ses projets artistiques. Ce modèle lui permet de conserver une indépendance artistique, sans dépendre exclusivement de subventions, mécènes ou ventes aléatoires d’œuvres. L’autofinancement garantit une continuité dans sa production artistique et une liberté dans ses choix créatifs. 

Le contexte économique du Togo, marqué par des ressources limitées et une demande fluctuante, a poussé Dodji à adopter une approche pragmatique. En diversifiant ses activités, il s’assure une résilience économique face aux aléas du marché de l’art. Cette polyvalence s’accompagne d’une capacité à collaborer et à s’adapter, acquise notamment lors de ses expériences internationales en Chine, Côte d’Ivoire et Nigéria. 

Le modèle économique de Dodji Kwami Agbetoglo est un exemple pour de nombreux artistes africains confrontés aux défis de la pérennité financière. Il montre que la créativité, associée à une diversification stratégique des activités et à un engagement écologique, peut devenir un moteur de réussite économique et artistique. 

Dodji incarne une nouvelle génération d’artistes-entrepreneurs capables de conjuguer passion artistique, innovation écologique et pragmatisme économique pour créer un équilibre durable entre art et subsistance.


Mon expérience à l’atelier de formation sur la découvrabilité des œuvres culturelles Africaines à Lomé

Du 13 au 15 novembre dernier, j’ai eu le privilège de participer à un atelier à Lomé, au Togo, réunissant 36 journalistes culturels d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Organisé par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), cet événement visait à sensibiliser et outiller les professionnels des médias sur les enjeux cruciaux de la découvrabilité des œuvres culturelles africaines

Une sélection prestigieuse

Sur plus de 400 candidatures reçues, seuls 36 d’entre nous, issus d’une douzaine de pays, ont été sélectionnés. Ce chiffre témoigne de l’importance que nous, journalistes culturels, accordons à notre rôle dans la promotion et la valorisation des industries créatives africaines. Être parmi les heureux élus était déjà une fierté, mais vivre cette expérience fut encore plus marquant. 

Être parmi les heureux élus était déjà une fierté, mais vivre cette expérience fut encore plus marquant. 

L’atelier a été animé par des personnalités du journalisme et des industries culturelles : 

– Anaclet Ndong Ngoua (Gabon), 

– Lacinan Ouattara (Côte d’Ivoire), 

– Kanel Engandja-Ngoulou (Directeur de la langue française et de la diversité culturelle à l’OIF), 

– et Eustache Agboton, expert de la plateforme Noocultures.info

Leurs interventions nous ont permis de revisiter les fondamentaux du journalisme, tout en approfondissant notre compréhension des enjeux liés aux industries culturelles et créatives. Surtout, nous avons exploré le concept de ‘’découvrabilité’’ : comment rendre visible et accessible le contenu culturel africain sur les plateformes numériques, un défi essentiel à l’ère du digital. 

Parmi les temps forts de cet atelier, la visite du Musée Paul Ahyi et de l’atelier du sculpteur togolais Dodji Kwami Abgetoglo (lauréat en sculpture des Jeux de la Francophonie 2023) a été une expérience mémorable. Ces visites nous ont permis de connecter théorie et pratique, en découvrant des lieux emblématiques et en produisant du contenu journalistique directement inspiré de ces rencontres. 

Des retrouvailles marquantes

Un autre moment fort pour moi a été de faire la rencontre deux confrères mondoblogueurs de ma promotion 2020 : Saiba Ngousmon du Tchad et Bulonza Enock Elie de la RDC. Retrouver des collègues avec qui j’ai partagé une aventure numérique est toujours une source d’énergie et d’inspiration. 

Cet atelier n’était pas seulement une occasion d’apprendre ; c’était une véritable expérience humaine. J’ai été nourri par les connaissances des formateurs, mais aussi par les échanges riches avec mes confrères participants. À Lomé, j’ai non seulement appris, mais j’ai aussi gagné une famille. Désormais, au-delà du professionnel, nous sommes liés par une passion commune et un objectif : porter haut les couleurs de la culture africaine.

Cette expérience, je la garde précieusement, et elle continuera d’enrichir mon parcours de journaliste culturel engagé.

Rencontre avec Anastasia Volokh

Dans l’avion qui me ramenait de Lomé à Dakar, j’ai eu une rencontre des plus inattendues. Assise à côté de moi se trouvait Anastasia Volokh, une artiste russe qui réside à Dakar. D’emblée, son allure et son regard curieux m’ont intrigué. La conversation s’est rapidement engagée, et ce qui n’était qu’un échange de banalités a vite pris une tournure beaucoup plus enrichissante.

Anastasia est une artiste, passionnée par les récits et les rencontres humaines. Tout en discutant, elle m’a expliqué sa démarche artistique : elle dessine les personnes avec lesquelles elle parle, capturant non seulement leurs traits, mais aussi l’essence de l’échange. J’ai été agréablement surpris lorsqu’elle m’a proposé de faire mon portrait. Curieux et flatté, j’ai accepté. Pendant qu’elle esquissait, son crayon dansant sur le papier, notre conversation s’est approfondie.

Anastasia dessine les personnes avec lesquelles elle parle, capturant non seulement leurs traits, mais aussi l’essence de l’échange. CP: Harouna

J’ai aussi appris qu’Anastasia faisait partie des artistes exposants du OFF de la Biennale de Dakar 2024, un événement incontournable pour les amateurs d’art contemporain en Afrique. Elle m’a décrit son installation comme une exploration des liens invisibles entre les individus, une célébration des différences et des croisements culturels. Ses œuvres, m’a-t-elle dit, racontent des histoires, et j’ai réalisé que, d’une certaine manière, en m’offrant ce portrait, elle intégrait une part de mon histoire à son univers créatif.

Lorsque l’avion a amorcé sa descente, elle m’a tendu son dessin. Le voir m’a ému : elle avait saisi plus que mon visage ; elle avait capturé une part de moi que même les mots peinent à exprimer. Anastasia m’a remercié pour notre échange, mais c’est moi qui suis sorti enrichi de cette rencontre. Nous avons échangé nos contacts, et je sais déjà que je ne manquerai pas de visiter son exposition à la Biennale. Cette rencontre inattendue, dans un espace si ordinaire, a transformé ce vol en un moment extraordinaire.


Zora snake : « On peut être un artiste sans nécessairement être un créateur »

Zora Snake, artiste polyvalent en tant que chorégraphe, performeur et concepteur artistique, est le fondateur du Festival Mouvement Danse et Performance (MODAPERF) au Cameroun. En plus de diriger sa propre compagnie, Zora Snake partage son expertise en tant que formateur. Récemment, il a animé un workshop sur la danse contemporaine à Ouagadougou, du 8 au 13 janvier 2024, sous le thème « Tensions globales et dynamisme de création en Afrique de l’Ouest. » À la suite de la restitution de son travail lors de cet atelier, j’ai eu l’opportunité d’engager une conversation enrichissante avec lui sur les aspects de son processus créatif.

Mission en tant que chorégraphe

C’est un workshop où la science et les arts s’invitent sur la même table pour réfléchir sur les questions de tension globale de dynamique.  L’idée a été de partager une autre forme de réflexions avec les artistes et les chercheurs pour développer des sous thèmes. Pour développer ces sous thème, Zora snake a été choisi comme chorégraphe représentant le Cameroun. Son intervention a portée sur la question de comment créer une œuvre d’art en s’inspirant des patrimoines culturels. « L’idée est de tirer parti de ce qui est commun au Cameroun et en Afrique pour créer des œuvres d’art contemporain, explorant ainsi la manière dont le passé peut inspirer les créations contemporaines » dit-il.

Il a également intervenu avec des réflexions concernant sa position en tant chorégraphe et comment à travers le travail composé, construit déjà par nos alleux continue à émerger et à inspirer nos créations et comment on peut composer des œuvres arts et d’ouvrir d’autres champs esthétique pour parler du politique. « En tant que chorégraphe, je souligne le caractère politique du corps, non pas dans le sens du pouvoir établi, mais plutôt comme une politique de la pensée »

Il a abordé la question de la construction d’une société à travers l’art et la culture. Il a approfondi les aspects liés aux songes, explorant comment ces rêves peuvent devenir des sources d’inspiration, comme la voix d’une grand-mère qui murmure des idées créatives. Aussi il a traité la dimension rituelle, en exposant ce qu’est le rituel sacré. Son travail s’inspire des patrimoines, constituant ainsi une manière de remettre en question la politique des événements qui ont entraîné ce que l’on appelle le choc culturel. Ce choc a conduit à une classification de nos cultures selon la pensée occidentale, non pas dans le domaine de l’art contemporain, mais plutôt dans celui de l’art archaïque.

« Cette notion d’archaïsme résonne profondément en moi. J’ai soulevé la manière dont cataloguer et étiqueter un peuple ou un continent peut générer des rencontres puissantes. Cela soulève la nécessité de replacer le patrimoine à sa juste place, en reconnaissant sa valeur intrinsèque en tant que riche héritage, plutôt que de le considérer uniquement à travers le prisme des pratiques occultes, une vision jugée barbare selon les standards occidentaux. Cette remise en question vise à rétablir l’équilibre et à réaffirmer la pertinence culturelle de nos héritages ».

Engagement des danseurs dans la cité

Le deuxième sous-thème a porté sur l’engagement des danseurs au sein de la société. Il s’interrogeait sur la manière dont les danseurs s’impliquent dans la cité. Dans une société où la danse est souvent associée à un contexte théâtral ou à une salle, il est impératif de la concevoir au-delà des murs conventionnels. Les intentions et les interventions des danseurs aujourd’hui sont influencées par des problématiques sociétales telles que l’écologie, la guerre, l’immigration, l’esclavage, la colonisation, et bien d’autres. « Il est essentiel de réfléchir à l’espace que l’on crée, en se questionnant sur ce qui inspire à choisir certains lieux et sur la raison de ne pas explorer d’autres horizons ».

Dans ce contexte, il est devenu un objectif de faire connaître la danse contemporaine dans des zones densément peuplées comme le Burkina Faso.  Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire d’aller vers les gens, de développer la danse là où ils vivent. Cela pose un nouveau défi lié à la question des territoires. « pendant la restitution de cet atelier, j’ai dû négocier avec le chef du territoire, même s’il s’agissait simplement d’un endroit avec beaucoup de déchets. Cela souligne le fait que même un tas de déchets appartient à quelqu’un, à un territoire, et il est crucial de négocier et de faire comprendre la valeur de ce que l’on fait avant d’obtenir l’acceptation ».

« Pour moi, la proximité avec le public et les populations, suscitant le débat et inscrivant la danse dans leur quotidien, est fondamentale ». Il est important de s’inspirer de la société et d’aller répondre aux besoins des citoyens pour être en harmonie avec les messages et nos pratiques. « C’est pourquoi j’ai animé un atelier avec l’association Wiligri dans le cadre de leur festival « Quartier en Mouvement ». L’objectif était de travailler dans les quartiers pour sensibiliser les populations à la danse contemporaine, tout en explorant la question de l’espace public » : Zora.

Le premier jour, Zora a déconstruit la danse, explorant ce qu’elle représente pour les participants et pourquoi ils participent à l’atelier. En déconstruisant ces éléments, il a ouvert la voie à de nouveaux défis, horizons et outils qui n’avaient pas encore été explorés ou pleinement compris. Il a développé une connexion entre ce qui vit à l’intérieur de nous et son expression extérieure, s’inspirant de la citation de Sony Labou Tansi selon laquelle « c’est l’extérieur qui vient éplucher l’intérieur ». L’objectif était de montrer comment l’agitation intérieure peut créer une transformation, transcendant la question de l’espace de manière poétique.

Le workshop avec les danseurs a été également conçu pour répondre aux préoccupations des chercheurs. Zora : « Il était essentiel pour moi de réaliser une restitution concrète où les chercheurs pouvaient observer comment nous cherchons également avec nos corps, démontrant ainsi la complémentarité entre la démarche artistique et la recherche académique »

Ateliers et sensibilisation dans les quartiers

En tant que formateur, la démarche de Zora s’adapte à la singularité de chaque danseur, considérant que chaque territoire porte son propre contexte et sa culture distincte, influençant ainsi la perception des choses. « Je m’abstiens généralement d’écrire des ateliers de manière académique, privilégiant plutôt le dialogue, car c’est à travers la discussion que tout se construit. Comprendre qui ils sont, pourquoi ils sont là, et chercher à se compléter mutuellement sont les fondements de mon approche ».

Il favorise un processus de décentralisation et de rupture avec les hiérarchies traditionnelles, instaurant ainsi une relation de collégialité. Le dialogue devient essentiel, car les mots portent une charge significative. Ce sont les mots qui peuvent déclencher des conflits, mais également ceux qui peuvent susciter l’amour. Zora : « Je m’efforce d’être franc en tant que formateur, partageant honnêtement mes observations, et en retour, je souligne que ce qu’ils font les suivra. L’auto-honnêteté est cruciale, car se mentir à soi-même n’est pas une option viable ».

Une fois cette compréhension est établie, les danseurs sont prêts à se lancer dans l’inconnu, à explorer de nouveaux horizons. Ce processus émerge d’un dialogue sain, créant une complicité qui s’apparente à une fraternité.  » À la fin d’une performance, par exemple, nous nous réunissons en cercle pour exprimer notre gratitude envers les énergies et les ancêtres qui nous ont accompagnés pendant ces deux jours. Il est essentiel de maintenir la croyance en l’âme et l’esprit, en cette force intérieure capable de transformer de simples rêveurs en réalisateurs. Aujourd’hui, les grands danseurs, chorégraphes, footballeurs et artistes du monde entier ont atteint leur statut par le travail assidu et la persévérance « 

Spiritualité dans la création artistique

Certaines personnes dégagent une aura puissante. Ce n’est pas nécessairement lié à des initiations ou à des rituels, mais plutôt à leur développement intellectuel, leurs connaissances, et leur connexion avec Dieu ou la nature. « Pour moi, la spiritualité est une composante essentielle, car l’art lui-même est intrinsèquement spirituel. La spiritualité, en premier lieu, gouverne le monde, et nous ne sommes que des locataires temporaires sur terre, le bailleur étant l’invisible » : Zora.

Quand on parle de l’invisible, cela fait référence à la relation que nous entretenons avec nos ancêtres décédés. « Dans ma région, les peuples à l’ouest du Cameroun, ont lutté ardemment pour la liberté et la résistance des peuples camerounais face aux enjeux de l’indépendance en Afrique et spécifiquement au Cameroun. Chez nous, la mort n’est pas une fin définitive. Nous concevons la mort comme une extension de la vie qui continue à agir sur nous, les vivants. Ainsi, en appelant nos grands-parents, en invoquant nos grands-mères, ou en cherchant un soutien spirituel, il est accessible » Zora.

L’art, dans cette perspective, représente une manière de transcender le monde matériel pour accéder à l’immatériel et de le retranscrire avec la poésie du corps. Il explore la question de s’inspirer de l’invisible, de l’inconnu. C’est en quelque sorte une incursion dans la fiction tout en restant ancré dans la réalité.

Le travail artistique de Zora s’immerge profondément dans l’univers des images et des symboles, une exploration où je décline et transforme ces symboles de manière significative. Les accessoires que j’utilise ne sont pas simplement des éléments de décor, mais plutôt des voix, des porteurs de sens, chacun avec sa propre lecture et dramaturgie. Ces variations symboliques tirent leur essence de nos pratiques rituelles, où je puise mon inspiration pour créer mes performances.

Il s’inspire de tout ce qui entoure le rituel, décryptant tous les éléments utilisés dans les cérémonies. C’est une démarche qui échappe à la nécessité de coloniser l’esprit en se libérant des influences européennes. «  On reste enraciné chez soi, développant nos propres pratiques à la lumière de ce que les ancêtres ont accompli, explorant leur rapport à la nature et à la divinité à travers des éléments tels que les ensembles géométriques, les dessins, les figures, les tissus sacrés, les cannes, les masques, et tout ce qui est considéré comme sacré« .

Aujourd’hui, sa recherche artistique s’oriente vers la déclinaison de ces éléments dans un espace contemporain.  À travers la poésie corporelle, il aborde des sujets profonds, tels que les ravages des guerres, et les conséquences des conflits.  » Je crois que les gens comprennent bien l’essence de ces expressions. Le tissu blanc, un élément intégré dans mes performances, est lui aussi issu de rituels visant à instaurer la paix dans un pays troublé, une pratique qui résonne avec les réalités du Burkina Faso, tout en évoquant des similitudes avec le contexte camerounais « . La terre, dans ce contexte, représente l’humanité, l’essence même de l’existence.

Création artistique et le rôle de l’artiste

 En réalité, l’accès à l’art est ouvert à tous, mais il exige une préparation, de la patience et un engagement soutenu. Être artiste est un métier à part entière, nécessitant un investissement considérable. « On peut être un artiste sans nécessairement être un créateur, se contentant d’être un interprète qui reproduit des mouvements sans vivre pleinement la danse. Il est essentiel de distinguer l’artiste qui exécute des mouvements de celui qui crée sa propre manière de danser » : Zora.

Être artiste, c’est plus que simplement danser; c’est vivre la danse, transcender les mouvements. Comme le disent les chercheurs, « après Dieu, c’est l’artiste, » non pas pour se vanter, mais pour souligner la capacité de l’artiste à transgresser les normes et à créer. C’est un éloge modeste, car cela implique un travail intensif au-delà du talent et du génie. «  Le talent et le génie sont présents, mais sans un travail assidu, le succès n’est pas garanti « . La création artistique demande parfois une recherche approfondie, une exploration des outils, l’écriture de dossiers et une réflexion sur plusieurs années.

« Personnellement, je consacre trois ans à la création d’un spectacle de danse. La première année est dédiée à la réflexion sur les outils, à l’écriture du dossier et à des recherches approfondies. La deuxième année suit le même processus. Ce n’est qu’à la troisième année que je commence à concrétiser mes recherches avec le corps » : Zora.

La création d’une œuvre artistique ne se fait pas du jour au lendemain; il ne s’agit pas de bâcler le travail. Il faut s’efforcer d’explorer des horizons lointains, invitant la complexité dans la démarche créative.

Bien que la porte soit ouverte à tous, la nature agit comme un filtre, discernant les vraies intentions. « L’art ne fait pas de compromis avec la paresse; il est fidèle à ceux qui le cherchent activement. Si on le déçoit, l’art révèle sa véritable nature et montre comment il répond à notre engagement ».

Sensibilité au corps

La connexion avec le corps est empreinte de sensibilité. « Pour moi, le corps représente une forme d’argile, une incarnation de l’univers lui-même. C’est un réceptacle capable d’absorber toutes les impossibilités, les absurdités et les folies du monde. Lorsque je parle du corps, je le fais avec admiration, car il a la capacité non seulement d’exprimer des mouvements, mais aussi d’ouvrir l’esprit. Le corps est, pour moi, totémique, et j’accorde une importance particulière à son rôle dans mes créations » : Zora.

Le corps réagit différemment au contact avec le feu, la terre, le soleil, l’eau, le vent, ainsi qu’avec toutes les sensations, les odeurs, les formes et les images. Dans mes créations, le corps est traité méticuleusement, devenant un moyen de transmettre une richesse d’expériences sensorielles. L’impact du Burkina Faso sur ma révolution dans le domaine de la danse trouve également son origine dans l’influence de Thomas Sankara, qui a marqué profondément ma perspective artistique.

Évolution de la danse contemporaine en Afrique

Initialement perçue comme un simple moyen de communication avec le public, la danse contemporaine était, avant l’an 2000, déjà explorée par des avant-gardistes visionnaires. Cependant, la lenteur de compréhension de certains hommes face à ces innovations a parfois ralenti le processus. Malgré cela, une réelle transformation s’est opérée au fil du temps « Je crois profondément qu’entre 2000 et 2024 il y a eu une grosse évolution de la danse contemporaine en Afrique » Zora.

Aujourd’hui, il est remarquable de constater que la danse contemporaine ne se limite plus à des performances en intérieur. Or, c’est dans l’espace extérieur que cette forme d’expression a vu le jour. Le terme « contemporaine » implique une danse ancrée dans l’actualité, le moment présent. Certains danseurs ont rencontré des difficultés dans la transmission de cette essence, souvent en pensant qu’elle imposait un certain type de mouvement.

« Pour ma part, ayant évolué initialement dans le milieu du Hip-hop, je continue à intégrer cet héritage, ayant participé à de nombreux Battles. J’ai également exploré l’art contemporain en utilisant les principes du Hip-hop de rue. Même lors de la formation des jeunes danseurs que j’ai encadrés, l’accent est mis sur la rue comme un reflet de nous-mêmes, un écosystème corporel où leur danse exprime leur relation avec l’environnement, absorbant et reflétant les influences plastiques » : Zora.

L’évolution de la danse contemporaine requiert une audace accrue pour s’ouvrir davantage aux nouvelles possibilités. Cela ne peut se réaliser pleinement qu’avec la complicité des journalistes et de la presse. Il est essentiel de mieux comprendre ce qu’est réellement la danse contemporaine, et la population ne devrait pas craindre de s’immerger dans cette forme d’expression, car elle représente simplement une manière différente de penser la danse. Les thèmes abordés à l’université, par exemple, trouvent leur écho dans la danse contemporaine. Il serait bénéfique pour la population de découvrir comment la danse peut être un moyen de réflexion et de communication thématique. « La communion entre la population, les journalistes et la presse pourrait favoriser une évolution continue de la danse contemporaine, non seulement dans les performances artistiques, mais aussi dans les mentalités et les mœurs de la société. Une presse diversifiée, s’engageant à écrire sur les questions de la danse contemporaine, jouerait un rôle crucial dans cette démarche » : Zora.


Le sens d’un combat : Philemon Zongo a loué son corps à Norbert Zongo

Le projet Repères est une collaboration entre la compagnie Théâtre Acclamation et le Théâtre des Récréatrales, réunissant trois pièces majeures du théâtre burkinabè en hommage aux figures importantes du continent.

La première pièce, inspirée de l’œuvres de Joseph Ki-Zerbo, intitulée « À quand l’Afrique ? », la deuxième, basée sur les discours et entrevus de Thomas Sankara, nommée « Thomas Sankara parle », et enfin la troisième, Le sens d’un combat, qui met en lumière les éditoriaux du journaliste Norbert Zongo. Philemon Zongo, formé à l’École Supérieure de Théâtre Jean-Pierre Guingané, joue le rôle principal de Norbert Zongo dans cette dernière pièce. Sous la direction de Aristide Tarnagada, célèbre metteur en scène burkinabè, Philémon incarne Norbert Zongo seul sur scène, accompagné uniquement d’un musicien.

Cette expérience théâtrale a offert à Philemon l’occasion de plonger au cœur de l’engagement et du combat pour la vérité et la justice, incarnés par Norbert Zongo. En interprétant ce personnage emblématique, Philémon a su captiver le public par sa performance intense et émouvante, mettant en lumière la lutte incessante pour la liberté d’expression et la démocratie au Burkina Faso.

Interpréter le rôle de Norbert Zongo

Pour se préparer à interpréter le rôle de Norbert Zongo dans « Le sens d’un combat », Philemon Zongo a entrepris un processus de recherche et d’immersion profonde dans l’univers de ce célèbre journaliste. Il a tout d’abord recherché des vidéos et des enregistrements audio de conférences données par Norbert Zongo de son vivant. Malheureusement, il est difficile de trouver des archives de personnalités importantes dans notre pays, ce qui constitue une véritable lacune. Malgré cela, il a téléchargé tout ce que qu’il a pu trouver et il a passé des heures à écouter attentivement ses enregistrements, les convertissant en format audio pour faciliter son immersion.

Son objectif était de comprendre profondément l’esprit de Norbert Zongo, de se familiariser avec sa voix, son discours et ses idées. En parallèle, il a également plongé dans la lecture de ses œuvres, telles que Parachutages et Rougbeinga, pour saisir sa pensée, son combat et sa vision du monde. « Je me suis rapproché des personnes qui connaissaient bien son travail, notamment Aristide Tarnagda, qui m’a prodigué de précieux conseils et partagé son point de vue sur le sens du combat de Norbert Zongo », explique Philemon.

Cette phase de préparation a été longue et intensive, s’étendant du mois juin à septembre. « Chaque jour, je m’immergeais dans les enregistrements audio pour entrer dans l’esprit de Norbert Zongo, pour être en harmonie avec lui jusqu’au plus petit de ses mouvements », dit-il. Cependant, cela n’a pas été sans difficultés. En l’absence d’images de Norbert Zongo en mouvement, il a dû se contenter de sa voix pour comprendre ses expressions, ses émotions et son état d’esprit.

Malgré les défis rencontrés, il a puisé dans toutes les ressources à sa disposition : les enregistrements audio et vidéo, les livres, ainsi que les discussions avec des personnes ayant connu Norbert Zongo. « J’ai également visionné des débats auxquels il avait participé avec des personnalités telles que Pacéré Titinga et Laurent Bado. » Tout cela dans le but de capturer au mieux la simplicité et la profondeur de Norbert Zongo dans mon interprétation sur scène.

Norbert Zongo, au-delà de l’écrivain et du journaliste

Dans sa quête pour comprendre et explorer la personnalité complexe de Norbert Zongo à travers son œuvre, il a été fasciné par les multiples facettes de cet homme. Au-delà de son rôle d’écrivain et de journaliste, il a été attiré par son humanité, perceptible à travers sa pensée et son raisonnement. Même sans avoir vécu à ses côtés, il pouvait sentir toute la richesse de son humanité.

« Ce qui m’a particulièrement intrigué, c’est le côté comédien de Norbert Zongo. Je suis convaincu qu’il était également un comédien dans la façon dont il véhiculait ses idées, une sorte d’interprète dans sa propre vie. À travers chaque mot et chaque geste, on pouvait percevoir une certaine forme d’interprétation, une manière unique de communiquer qui rappelle le jeu d’un comédien. Son humour et sa facilité à converser avec les gens révèlent cette dimension de sa personnalité que j’ai voulu explorer et incarner dans mon interprétation ».

Dans son travail avec son œuvre, il a réalisé qu’il était essentiel de plonger dans l’histoire et le contexte qui ont façonné ses éditoriaux. Parfois, il se retrouvais à lire des éditoriaux dont il ne comprenait pas entièrement le contexte, alors il se tournait vers les archives pour découvrir les événements qui ont conduit à leur rédaction. Comprendre le moment précis et les motivations qui ont poussé Norbert Zongo à écrire sur des sujets tels que la démocratie et la liberté était crucial pour interpréter ses textes avec conviction.

Son exploration de Norbert Zongo va bien au-delà de ses rôles d’écrivain et de journaliste. C’est un voyage dans l’humanité de l’homme, dans sa capacité à communiquer avec humour et authenticité, mais aussi dans l’histoire et le contexte de son époque qui ont façonné ses idées et ses convictions.

Surmonter les défis pour incarner Norbert Zongo

Dans son parcours pour incarner Norbert Zongo, il a été confronté à plusieurs défis majeurs qui ont mis à l’épreuve ma détermination et mes compétences.

Le premier défi était de trouver la voix de Norbert Zongo. Cette tâche s’est avérée extrêmement difficile, et il reste incertain quant à avoir pleinement réussi. La voix est un élément essentiel de l’interprétation d’un personnage, et trouver le ton juste pour Norbert Zongo a été une entreprise ardue.

Un autre défi majeur a été celui de porter le combat de Norbert Zongo sur scène. Pour incarner ce personnage avec authenticité, il devait presque « faire disparaître mon propre moi et laisser place à Norbert. Cela impliquait une utilisation totale de mon corps et de mon esprit, une immersion profonde dans son essence. » Parfois, cela l’a semblé presque comme si Norbert renaissait en lui, et il se retrouvait à penser et à réagir d’une manière qui n’était pas typique de lui-même. La ligne entre Philémon Zongo et Norbert Zongo est devenue floue, et il était crucial de maintenir cette distinction pour une interprétation authentique.

Enfin, un défi ultime a été celui de maîtriser le texte de manière fluide et convaincante. Avec un délai très serré, il a dû apprendre une quantité importante de textes en très peu de temps. Malgré les réductions apportées au nombre d’éditoriaux à interpréter, cela a représenté un défi considérable. La période de création simultanée avec d’autres personnages clés tels que Joseph Ki Zerbo et Thomas Sankara a ajouté une pression supplémentaire, mais il a réussi à relever ce défi dans les délais impartis.

Le processus d’incarnation de Norbert Zongo a été jalonné de défis significatifs, mais grâce à une détermination sans faille et un travail acharné, il a réussi à surmonter ces obstacles pour offrir une interprétation fidèle et convaincante de ce personnage emblématique.

L’influence transformatrice de Norbert Zongo sur la perception de la liberté

L’impact de Norbert Zongo sur sa propre compréhension de la liberté a été profond et durable. « En tant que citoyen burkinabè, chaque phrase qu’il a écrite résonne comme une véritable révélation, illuminant mon esprit et éclairant ma compréhension du monde qui m’entoure. Ses mots ne se limitent pas à une simple lecture ; ils suscitent une réflexion profonde et nourrissent ma conviction intérieure. »

« En tant qu’artiste, la rencontre avec l’œuvre de Norbert Zongo a également été transformatrice. Sa vision lucide et engagée m’a profondément marqué, et son engagement patriotique a résonné en moi de manière puissante. Rencontrer ses écrits, c’est comme rencontrer un prophète, un envoyé de Dieu qui apporte une lumière nouvelle à ma vie quotidienne. Cette rencontre a bouleversé ma perception du monde et de la justice, m’entraînant dans un état d’interrogation perpétuelle. »

En tant que citoyen africain et citoyen du monde, Norbert Zongo l’a fait prendre conscience de l’importance de la lutte pour la liberté et la justice. Son courage et sa détermination face à l’oppression ont été une source d’inspiration et de motivation pour lui, le poussant à s’engager activement pour un changement positif dans ma communauté et au-delà.

L’influence de Norbert Zongo dépasse largement les frontières de son pays d’origine. Ses écrits ont la capacité de transcender les générations et de toucher les cœurs et les esprits à travers le monde. Sa vision éclairée et son engagement continuent de guider et d’inspirer ceux qui croisent son chemin, façonnant ainsi un avenir plus juste et plus libre pour tous.

Norbert Zongo, un prophète de la démocratie et de la justice

Norbert Zongo, pour lui un homme doté de convictions profondes et inébranlables qui a consacré sa vie à la lutte pour la vérité et la justice, peu importe les obstacles rencontrés. Son courage et sa résistance face à la corruption et à l’oppression sont remarquables, et son engagement sans faille a été une source d’inspiration pour de nombreux Burkinabè, lui y compris.

Sa mort tragique n’a pas arrêté son combat, bien au contraire. L’élan de son combat a persisté et a contribué, vingt ans plus tard, à la chute de Blaise Compaoré et à une prise de conscience collective de la nécessité de la démocratie et de la justice au Burkina Faso. « Norbert Zongo était véritablement un envoyé de Dieu pour éclairer son peuple, mais comme l’histoire nous l’a souvent montré, les prophètes sont souvent incompris et persécutés, et leur message est souvent rejeté par ceux qui détiennent le pouvoir. »

Malgré les défis et les dangers auxquels il était confronté, il n’a jamais cessé de prôner la démocratie et le progrès pour son pays. Sa vision était futuriste, et il avait anticipé bon nombre des défis auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, notamment en matière de corruption et de détérioration de la situation politique et sociale.

La leçon que nous pouvons tirer de l’héritage de Norbert Zongo est la nécessité de penser au-delà de notre propre époque, de considérer l’avenir de notre pays dans les décennies à venir. Si nous avions suivi ses prédictions et ses recommandations plus tôt, peut-être aurions-nous évité bon nombre des crises et des souffrances que nous connaissons aujourd’hui. Il est temps que nous prenions au sérieux les avertissements de Norbert Zongo et que nous nous engagions à construire un avenir meilleur pour les générations futures au Burkina Faso.


Ora. D a décidé de porter son string art au Burkina Faso

Grâce à l’association Wekré, j’ai pris part à la 24e édition du festival Segou’art sur les rives du Niger du 30 janvier au 04 février 2024 en tant que critique d’art. Wekré a soigneusement choisi dix artistes plasticiens pour participer à l’exposition off du festival, et parmi eux se trouvait DEGBEKOUTO Debora Ami plus connu sous le nom Ora. D, une artiste que j’ai eu le privilège de côtoyer personnellement.  En tant que membres de la même délégation, nous avons entrepris ensemble le voyage depuis Ouagadougou jusqu’à Ségou.

Durant ce trajet, nous avons partagé des moments d’échanges enrichissants sur sa démarche artistique et les motivations qui sous-tendent son art. Ces discussions ont été autant des fenêtres ouvertes sur son processus de création que des invitations à pénétrer dans son univers artistique singulier. Dans ces moments privilégiés, Ora. D a révélé les inspirations qui guident son travail, ainsi que les défis auxquels elle est confrontée en tant qu’artiste contemporaine évoluant dans un contexte culturel et social en constante évolution.

Cette rencontre durant notre périple vers le festival a non seulement enrichi ma compréhension de son art, mais a également renforcé mon appréciation pour la diversité et la richesse des expressions artistiques contemporaines en Afrique. La fusion de nos perspectives et la symbiose de nos idées ont contribué à tisser des liens artistiques et humains qui ont transcendé les frontières géographiques et culturelles, témoignant ainsi du pouvoir universel de l’art à connecter les individus et à susciter des dialogues profonds et significatifs.  

Le voyage de Ora. D dans le string art

Ora. D a découvert l’art du string art au cours de ses explorations artistiques. Originaire du Togo, elle réside désormais au Burkina Faso depuis près de deux ans. C’est à son arrivée dans ce nouveau pays qu’elle a commencé à s’adonner au string art en 2022, attirée par son penchant pour le bricolage, son amour pour la couleur et son désir insatiable de créativité. Ce sont ces passions qui l’ont incitée à se lancer dans cette forme d’art unique.

Le string art, qu’elle définit comme l’art à la corde ou à la ficelle, est devenu pour elle bien plus qu’une simple activité artistique. C’est devenu un moyen d’expression à part entière, un canal à travers lequel elle peut donner vie à ses idées les plus audacieuses et les plus inspirantes. Chaque ligne de corde, chaque nœud, chaque motif soigneusement élaboré représente pour elle une opportunité de transmettre des émotions, de raconter des histoires et d’explorer les frontières de la créativité.

Le string art est devenu son langage visuel, son moyen de communiquer avec le monde qui l’entoure. C’est une forme d’expression qui lui permet de fusionner ses passions et ses talents, de mêler habilement l’artisanat et l’art, créant ainsi des œuvres qui captivent l’imagination et qui suscitent l’admiration. Pour Ora D, le string art est bien plus qu’une simple pratique artistique ; c’est une passion dévorante, une source infinie d’inspiration et une voie vers la réalisation de soi.

Le Burkina Faso comme terre d’accueil pour sa carrière artistique

Ora. D a délibérément choisi le Burkina Faso comme terre d’accueil pour sa carrière artistique. Pour elle, ce pays incarne des valeurs d’hospitalité, d’intégrité et surtout de richesse culturelle. « Je suis convaincue que le Burkina Faso constitue l’endroit idéal pour donner un élan à ma passion artistique ». En effet, l’art y est profondément enraciné, avec des marchés d’art renommés tels que Wekré , le marché d’art contemporain de Ouagadougou ,les rencontres Internationales des peintures de Ouagadougou (RIPO)  et une pléthore de festivals dédiés à l’expression artistique. « En m’installant ici, j’ai vu l’opportunité d’introduire le string art dans cette riche scène artistique »

La réaction du public a été des plus encourageantes. Les gens étaient intrigués par cette nouveauté. « Je me souviens encore de ma première exposition-vente en décembre 2022. Lorsque j’ai présenté l’un de mes tableaux au public, l’accueil a été chaleureux et les réactions ont été positives ». Il y a eu un véritable engouement autour de son travail, ce qui l’a profondément motivée à poursuivre dans cette voie.

Cette réaction enthousiaste du public a été pour elle une validation de son choix de carrière et une source d’inspiration inestimable. « Elle m’a encouragée à redoubler d’efforts, à explorer de nouvelles idées et à affiner ma technique ». Grâce à cette interaction avec le public burkinabè, elle a pu comprendre l’impact profond que l’art peut avoir sur les gens et sur la société dans son ensemble. Cela l’a également permis de tisser des liens précieux avec la communauté artistique locale, renforçant ainsi son sentiment d’appartenance à cette terre d’accueil si généreuse envers les artistes.

Les difficultés rencontrées sur le chemin de l’art du string selon Ora. D

En parallèle avec les éloges, il y a toujours ceux qui considèrent son travail comme un simple divertissement. Chacun exprime son point de vue, et désormais, en tant qu’artiste, il lui incombe de tirer le meilleur de ces opinions et de les utiliser pour progresser. « Tout cela fait partie de mon parcours d’apprentissage. Je suis consciente que je suis encore au début de mon chemin artistique, et chaque expérience, positive ou négative, est une occasion d’apprendre et de grandir. J’ai pour ambition de partager mes connaissances et de former d’autres personnes pour promouvoir le string art, mais pour l’instant, je suis moi-même en phase d’apprentissage ».

C’est à travers son travail, ses réalisations et sa passion qu’elle peut espérer changer les perceptions à l’égard du string art. Chaque pièce qu’elle crée est une affirmation de son engagement envers cette forme d’art unique et une invitation à ceux qui doutent à découvrir toute sa profondeur et sa beauté.

 L’art du String selon Ora. D

En tant qu’artiste du string art, ces matériaux de prédilection sont les contreplaqués épais, les clous, les fils de soie et de coton, ainsi que les fils de broderie. En complément, elle incorpore parfois également de la peinture dans ces œuvres.

« Au commencement, je travaillais avec des planches de similicuir associées aux fils. Cependant, au fil du temps et grâce aux conseils avisés des autres, j’ai réalisé que le similicuir n’était pas un matériau durable dans le temps, susceptible de s’abîmer. C’est pourquoi j’ai cessé son utilisation et me suis tournée vers l’utilisation exclusive de la peinture sur bois, offrant ainsi une durabilité et une qualité accrues à mes créations. Pour la réalisation de mes œuvres en string art, je privilégie généralement les formats 80/60 et 100/80. Ainsi, la création d’une pièce peut demander une à deux semaines, selon sa taille et sa complexité. Pour les formats plus petits, je peux achever une œuvre en aussi peu que trois jours à une semaine ».

Ce processus de création, associé à la sélection minutieuse des matériaux, reflète la recherche constante de qualité et d’authenticité dans son travail artistique. Chaque étape, de la conception à la réalisation finale, est empreinte de soin et d’attention aux détails, résultant en des œuvres qui captivent par leur finesse et leur profondeur.

Le string art transcende les frontières conventionnelles de l’expression artistique en démontrant qu’il est possible de créer des œuvres d’art avec des moyens autres que la peinture ou la sculpture traditionnelle. Il représente un prolongement authentique de l’art, explorant de nouveaux territoires esthétiques et conceptuels. Le string art, par sa nature même, incite à développer la perception des couleurs, à stimuler la pensée abstraite et à susciter des émotions profondes. « Il demande de la patience, de l’attention et de la diligence, tout en offrant une expérience artistique originale et authentique, bien que parfois associée au domaine du design.

« La plupart de mes œuvres traitent du thème de la résilience. Elles incarnent la nécessité de guérir du passé pour pouvoir avancer. Personnellement, j’ai traversé des épreuves difficiles pour parvenir à là où je suis aujourd’hui. Je sais que beaucoup d’autres personnes traversent également des moments difficiles ». Ainsi, à travers ses créations, elle cherche à offrir de l’espoir aux gens. Son art est thérapeutique, à la fois pour elle-même et pour ceux qui contemplent ses œuvres.

Aspirations et Projets de Ora. D

« Jusqu’à présent, je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer d’autres spécialistes du string art dans la sous-région. Pourtant, j’ai grandement envie de les rencontrer afin de bénéficier de leurs conseils et de participer à des formations, à l’image de ce qui se fait dans le domaine de la peinture ». L’absence de communauté spécialisée dans le string art peut parfois être décourageante, car il est difficile de trouver la même motivation lorsque l’on est le seul à pratiquer cette forme d’art. Il est importance de créer des liens avec d’autres artistes partageant la meme passion.

Le string art demeure largement méconnu dans la sous-région. Contrairement à la peinture, il ne jouit pas de la même popularité. « Mon souhait est que le string art devienne aussi répandu et intégré dans l’apprentissage des arts plastiques. Je sais que dans d’autres pays comme le Nigeria, le Congo et la Côte d’Ivoire, il existe des pratiquants du string art, bien que leur nombre reste limité ».

Elle nourrit également des projets ambitieux pour promouvoir le string art auprès des jeunes, dans des ONG et des orphelinats afin d’organiser des ateliers et des formations.


Le Festival international « Sogobô  » célèbre l’art des masques et marionnettes au Mali

Dans un effort pour célébrer et promouvoir l’art traditionnel des masques et des marionnettes au Mali, le prélancement de la première édition du Festival de Marionnettes « Sogobô » a eu lieu à la Maison des jeunes de Bamako ce 9 mars 2024. Cet événement marque le début d’une semaine dédiée à l’exploration du rôle vital que jouent ces formes d’art dans la société malienne.

Organisé par la compagnie Sogolon, le Festival « Sogobô » qui signifie la sortie des masques, est une initiative culturelle visant à mettre en lumière l’art de la marionnette et à promouvoir la richesse culturelle du Mali. Cette première édition, qui se tiendra du 20 au 26 mai 2024 à Bamako, a pour thème « Le rôle des masques et marionnettes dans la socialisation des enfants », mettant ainsi en avant l’importance éducative et sociale de ces formes d’expression artistique.

De Carthage à Bamako : le chemin vers le Festival « Sogobô »

L’annonce de cet événement m’a été faite après ma rencontre avec Yaya Coulibaly, marionnettiste malien renommé, l’initiation du festival et son fils Facinet Coulibaly aux Journées Théâtrales de Carthage à Tunis. Cette rencontre fortuite s’est avérée être un véritable tournant dans ma compréhension et mon appréciation de l’art des masques et des marionnettes au Mali.

Au cours de cet échange enrichissant, j’ai eu l’opportunité de découvrir le travail exceptionnel de Yaya Coulibaly avec sa compagnie Sogolon. Ses marionnettes évoquaient avec grâce et profondeur les traditions et les récits ancestraux du Mali, captivant mon imagination et éveillant ma curiosité sur cet art souvent méconnu en dehors de ses frontières.

En tant que journaliste passionné par la culture et les arts, j’ai immédiatement perçu l’importance de partager cette découverte avec un public plus large. J’ai rédigé deux articles approfondis sur le travail de Yaya Coulibaly et de sa compagnie, mettant en lumière leur contribution significative à la préservation et à la promotion de l’art des masques et des marionnettes au Mali.

C’est donc avec une grande joie et un profond honneur que j’ai accepté l’invitation officielle qui m’a été adressée à cette première édition du Festival « Sogobô ». Cette collaboration fructueuse, née de cette rencontre inspirante, me permet de participer en tant que journaliste, mais également en tant que membre du comité d’organisation. Cela témoigne de la valeur de la connexion humaine et de la passion partagée pour la préservation de notre riche patrimoine culturel.

En rejoignant cet événement en tant que membre du comité d’organisation, je suis déterminé à apporter ma contribution à la réussite de ce festival et à promouvoir la reconnaissance et l’appréciation de l’art des masques et des marionnettes au Mali et au-delà. Cette expérience représente pour moi une opportunité unique de mettre en lumière l’importance de la culture dans la construction de ponts entre les peuples et les communautés, et de célébrer la diversité et la richesse de notre héritage artistique commun.

Découverte de l’art des masques et marionnettes

Le Festival « Sogobô » vise à réunir chaque année les artisans de masques, les marionnettistes, les Trésors Humains Vivants et les professionnels du domaine pour célébrer et partager leurs créations. Il offrira une plateforme pour mettre en valeur un répertoire diversifié de spectacles inspirés des épopées, des récits, des contes et des légendes, reflétant ainsi le riche patrimoine culturel du Mali et d’ailleurs.

Cependant, malgré la richesse de cet art traditionnel, le Mali est confronté à plusieurs défis. Le faible réseau de diffusion de l’art des marionnettes et des masques, les contraintes rituelles et économiques, ainsi que la précarité des artistes constituent des obstacles significatifs à la préservation et au développement de cet art ancestral.

Face à ces défis, il est impératif de valoriser et soutenir l’art des masques et des marionnettes au Mali. Des initiatives telles que la création d’ateliers de fabrication, de structures de production et de réseaux de diffusion sont essentielles pour garantir la survie et la prospérité de cet art précieux.

Le Festival « Sogobô » représente une opportunité unique de célébrer l’art traditionnel des masques et des marionnettes au Mali. En mettant en lumière son importance culturelle, sociale et éducative, cet événement contribue à préserver et à promouvoir un aspect essentiel du patrimoine culturel malien pour les générations futures.


Exploration Intime de la Foi à travers l’Objectif de Soum Eveline Bonkoungou

Du 19 janvier au 25 février 2024, le Goethe-Institut du Burkina Faso accueille l’exposition photographique « ZIKR » de Soum Eveline Bonkoungou. Cette immersion visuelle dans le monde islamique offre une nouvelle expérience au public.

Je suis profondément touché par le travail de Soum Eveline Bonkoungou. Son exposition photographique « ZIKR » m’a profondément ému et m’a transporté dans un voyage spirituel et artistique unique. En explorant sa propre relation avec la foi à travers une esthétique visuelle, cela a suscité en moi une réflexion profonde sur ma propre spiritualité et sur les complexités de la foi dans un monde diversifié. Son engagement sincère et sa capacité à transcender les frontières culturelles et religieuses me poussent à vouloir partager son travail avec le plus grand nombre.

Contraste visuel et quête personnelle de l’artiste

Claude Kira Guingané et Allexandre Meda, les curateurs de l’exposition, ont soigneusement sélectionné des œuvres qui forment une série photographique intrigante. Intitulée « ZIKR », cette série transcende la simple photographie pour devenir une forme de méditation islamique. Eveline Bonkoungou mélange habilement portraits et scènes de culte, déployant un répertoire visuel en couleurs qui contraste avec l’obscurité ambiante.

Dans une partie de la salle de l’exposition, les visiteurs sont invités à entrer dans une sorte antichambre matérialisée par un tissu noir, créant un espace intime et introspectif. À l’intérieur, une photo lumineuse et imposante, intitulée « La foi est personnelle », dépeint un homme de dos devant un horizon de ciel bleu. Cette œuvre emblématique souligne la quête personnelle de l’artiste, qui, malgré sa foi musulmane, explore les nuances de la spiritualité à travers son objectif. Cela rappelle aussi le travail du photographe anglais Harry flook avec sa série « Beyond What is Written«  ( au-delà de ce qui est écrit) qui s’interroge sur sa foi religieuse.

Processus créatif et mental

Eveline Bonkoungou évoque le processus créatif, soulignant qu’au fil du temps, elle a été confrontée à des vérités et des interdits, remettant en question son propre cheminement spirituel. Elle précise que sa démarche n’est pas une critique, mais plutôt un questionnement, une observation réfléchie de sa foi et de ses convictions.

« ZIKR » représente un tournant dans la carrière de Soum Eveline Bonkoungou, qui s’engage résolument dans la voie de la photographie d’auteur. Autrefois assistante de photographes événementiels, elle a rencontré Adrien Bitibaly, son mentor, qui l’a initiée à l’art de la photographie. Ce parcours, marqué par une participation au programme de mentorat de photoSa en 2021 et une exposition remarquée lors de la 2e édition de photoSa en 2023, témoigne de son ascension fulgurante.

Un chemin artistique en expansion

En 2023, elle a réalisé une résidence de création au centre culturel Leschangeurs à Agodrafo, au Togo, et collaboré avec la Bauhaus Universitat Weimar en Allemagne pour son projet « M’YINGA, mon corps », exposé fin 2022. Cette année-là, elle a également entamé une résidence à la fondation MANUEL Rivera-Ortiz, suivant un accompagnement sur ses projets artistiques avec Florent Basilitti, tout en coordonnant les artistes lors du festival Les Rencontres d’Arles.

Le chemin artistique d’Eveline Bonkoungou ne cesse de s’étendre, avec une projection de sa série « Peogo » à Fotoaus 2023 à Berlin, et une exposition prévue en avril 2024 lors du festival Emoi photographique à Angoulême. Son engagement continu dans des résidences créatives, des collaborations internationales et des festivals renforce sa position en tant que figure émergente influente de la scène artistique contemporaine.

L’exposition « ZIKR » offre un regard perspicace sur la relation personnelle d’Eveline Bonkoungou avec la foi, tout en soulignant son évolution en tant qu’artiste. À travers une esthétique visuelle distinctive et une exploration sincère de sa spiritualité, l’artiste burkinabè invite le public à réfléchir sur des questions profondes et intimes, transcendant les frontières culturelles et religieuses. La foi a toujours été une question très complexe. Dans Part of Fortune and Part of Spirit, le photographe américain Antone Dolezal parle déjà de la religion du futur.


À la découverte de la Russie à travers une exposition photographique « Fenêtre sur la Russie »

Du 12 au 19 janvier 2024, la Médiathèque Municipale de Ouagadougou accueille une exposition photographique intitulée « Fenêtre sur la Russie ». Organisée par le Centre de Diplomatie Publique de la Russie au Burkina Faso, l’exposition présente un total de 40 photographies, mettant en avant deux éléments clés : l’architecture et la nature.

Les photographies mettent en valeur de manière artistique l’architecture russe, avec des constructions historiques et modernes à travers différentes régions de la Russie. L’exposition présente également des édifices monumentaux, offrant aux visiteurs une visite visuelle à travers la grandeur des constructions russes. De plus, l’objectif se tourne vers les paysages naturels, capturant la diversité de la beauté environnementale que la Russie offre.

À travers cette exposition photographique, la Russie offre une opportunité unique pour explorer la diversité et la richesse culturelle du pays. C’est à travers de telles échanges culturels que les peuples russe et burkinabè peuvent approfondir leur compréhension mutuelle. L’exposition sert de témoignage du développement des relations entre le Burkina Faso et la Russie, symbolisant un intérêt significatif et un départ prometteur pour des initiatives éducatives et culturelles communes.

Cette initiative ne présente pas seulement les aspects esthétiques de la Russie, mais sert également de pont pour l’échange culturel. Les photographies agissent comme des ambassadeurs, favorisant un dialogue culturel qui va au-delà des frontières géographiques. Le Centre de Diplomatie Publique espère que cette exposition sera un catalyseur pour de futures collaborations éducatives et culturelles entre les deux nations.

En essence, « Fenêtre sur la Russie » est plus qu’une simple exposition de photographies ; c’est une fenêtre sur le patrimoine culturel partagé et l’appréciation mutuelle entre le Burkina Faso et la Russie. À mesure que chaque visiteur burkinabè interagit avec l’exposition, l’espoir est qu’ils ouvriront leur propre fenêtre personnelle sur la riche mosaïque de la culture russe, favorisant des liens qui s’étendent bien au-delà du domaine de la représentation visuelle.


 Le YAAR MUSIC, le premier marché important des arts de la scène et du spectacle vivant en Afrique en 2024 se tient à Ouagadougou

Les 12 et 13 janvier, Ouagadougou devient le centre névralgique des arts du spectacle vivant en Afrique avec le YAAR MUSIC. Cet événement promet des échanges stimulants, des rencontres inspirantes et des opportunités de collaboration uniques. Les acteurs de l’industrie sont invités à participer activement à ce marché novateur qui contribuera indéniablement au rayonnement des arts du spectacle vivant en Afrique.

En 2024, le Burkina Faso accueille le premier marché majeur des arts du spectacle vivant en Afrique, lors du YAAR MUSIC à Ouagadougou. Cet événement annuel, instauré en marge du SOKO Festival, devient le rendez-vous incontournable des professionnels du monde entier, œuvrant dans le domaine de la musique. L’objectif clé de cette rencontre est de construire une dynamique de marché ouest-africain, offrant aux acteurs du secteur une plateforme unique pour collaborer, échanger des ressources et développer des projets internationaux.

 Construction d’une Dynamique de Marché Ouest-Africain d’envergure Internationale

Le YAAR MUSIC, intégré au prestigieux SOKO Festival, se distingue par son engagement à promouvoir les arts du spectacle vivant en Afrique. La tenue de cet événement au Burkina Faso souligne le rôle central du pays dans la scène culturelle ouest-africaine. Cette rencontre annuelle constitue une opportunité sans précédent de mettre en lumière la richesse et la diversité des talents artistiques de la région.

Le YAAR MUSIC se positionne comme un catalyseur pour la construction d’une dynamique de marché dans la région ouest-africaine. En rassemblant des professionnels du monde entier, l’événement favorise les échanges et les partenariats entre artistes, promoteurs, agents et autres acteurs du secteur. Cette synergie contribuera à renforcer la visibilité des talents locaux sur la scène internationale tout en offrant des opportunités de collaboration fructueuses.

L’un des points forts du YAAR MUSIC est son réseau bien établi, qui offre aux professionnels une plateforme pour accéder à des ressources variées. Ce réseau facilite la collaboration entre artistes et experts du secteur, encourageant la création de projets internationaux novateurs. La mise en place de ce réseau démontre l’engagement continu du YAAR MUSIC à soutenir la croissance et le développement durable des arts du spectacle en Afrique.

Rendez-vous à Ouagadougou

Le YAAR MUSIC à Ouagadougou représente bien plus qu’un simple marché des arts du spectacle ; c’est une initiative ambitieuse visant à catalyser le développement culturel et économique de la région ouest-africaine. En réunissant des professionnels du monde entier, cet événement offre une plateforme propice à l’émergence de projets internationaux et à la promotion des talents locaux. Le Burkina Faso s’inscrit ainsi comme un acteur clé dans la scène artistique africaine, marquant l’avènement d’une ère nouvelle pour les arts du spectacle vivant sur le continent.


Ousmane Guigma dit Manoos : « Les murs ont besoin d’entendre ce que nous disons à travers le graffiti »

Alors que la deuxième édition du festival Graff Saha se déroule du 16 au 20 janvier 2024 à Ouagadougou, Manoos, le visionnaire derrière cet événement artistique explore l’évolution du graffiti au Burkina Faso et son rôle essentiel de dans son développement.

Ousmane Guigma, connu sous le nom de Manoos a consacré plus de 15 années de sa vie à l’art du graffiti. Initiateur et coordonnateur du festival international de graffiti, Graff Saha, Manoos joue un rôle crucial dans la promotion de cet art urbain.  Il occupe le statut de membre et ambassadeur au sein du RBS crew, un collectif panafricain d’artistes graffeurs et designers basé à Dakar, au Sénégal. Lors d’un entretien à l’espace culturel Gambidi , il se prête à mes questions.

Comment êtes vous arrivé au métier de graffeur et quel est l’état des lieux cet art au Burkina Faso ?

Il y a eu un festival de hip hop dénommé  »Ouaga hip hop » depuis les années 2000 et qui a connu la participation de grands artistes américains, européens et Africains.  A un moment donné, Ouaga Hip Hop a élargi son horizon en offrant des cours de graffiti, d’écriture, de slam, de danse hip-hop et de DJ’ing. C’est là que j’ai entrepris ma formation en tant que graffeur. Mais, bien avant cette période, dès mes années d’école primaire, j’avais déjà une passion pour le dessin, un métier que j’ai toujours aspiré à exercer. À un certain point, j’ai décidé de quitter les bancs de l’école pour me consacrer pleinement à mon rêve d’enfance. Malheureusement, il n’y a pas d’école des beaux-arts.

Actuellement, nous ne sommes que deux à persévérer dans cette discipline depuis notre formation. Le métier de graffeur ne bénéficie pas d’un statut particulier. Lorsqu’on évoque un artiste peintre, cela englobe l’ensemble des formes artistiques, y compris le graffiti, qui, après tout, est une forme d’expression picturale. De la même manière qu’un artiste peint une œuvre et la déclare, le graffeur crée une composition, la photographie, puis procède à sa déclaration. En ce sens, les deux démarches sont similaires. Toutefois, il revient à nous, graffeurs, de promouvoir l’idée d’une reconnaissance officielle de notre métier. Certains graffeurs peuvent ne pas être considérés comme des artistes peintres, mais pour que le graffiti obtienne un statut particulier, il est impératif qu’il soit pleinement reconnu. Par exemple, au Sénégal et au Bénin, l’art du graffiti a connu une évolution significative, ce qui pourrait servir de modèle pour notre propre reconnaissance.

Quels sont les outils d’un graffeur professionnel ?

Lorsqu’on aborde le sujet du graffiti, l’association avec la peinture aérosol, également appelée bombe de peinture ou spray en anglais, ainsi que la peinture acrylique, est généralement automatique. Cependant, au-delà de ces éléments, il est important de souligner que le graffiti peut être réalisé avec une variété d’outils, y compris des pinceaux et des rouleaux, surtout en l’absence de peinture aérosol. Avec l’évolution de cette forme artistique, le graffiti peut désormais s’exprimer sur divers supports. Être graffeur nécessite avant tout une compétence en dessin. Une compréhension des bases du dessin est cruciale, étant donné que la majorité des graffitis impliquent des lettrages stylisés et cohérents. Ainsi, des connaissances préalables sont essentielles. Malheureusement, le graffiti n’est pas encore largement reconnu dans notre région. Souvent, lorsque les gens voient des graffitis sur un mur, la plupart pensent que cela a été réalisé par des artistes étrangers. Cette perception est souvent influencée par les représentations dans les films et les vidéos. Le graffiti demeure un métier empreint de mystère, la plupart des graffeurs s’adonnant à cette forme artistique par passion. Cependant, au-delà de cette passion, le graffiti offre des opportunités lucratives. Certains individus peuvent être intéressés par l’intégration du graffiti dans des espaces tels que des bars, des restaurants, des lieux culturels, voire sur des tee-shirts, des motos, et bien d’autres supports. Dans de nombreux cas, les graffeurs cherchent à diffuser leur signature artistique à travers le monde, contribuant ainsi à la renommée et à la reconnaissance de leur travail.

Pouvez-vous, nous parler du festival Graff Saha et de son objectif principal ?

« Graff » tire son origine du mot « graffiti », et « saha » trouve sa signification dans la langue Moaga, se traduisant par « moment » ou « période ». Ainsi, « Graff Saha » prend tout son sens en évoquant le « moment du graffiti ». Cette appellation reflète notre engagement profond envers l’art urbain et son évolution au fil du temps. Notre vision pour Graff Saha s’articule autour de la formation des jeunes dessinateurs et peintres véritablement passionnés par cet art. Nous aspirons à instaurer une dynamique de transmission des connaissances pour démocratiser le graffiti. En investissant dans des programmes de formation, nous nourrissons l’espoir que les éditions futures du festival révéleront un nombre croissant de graffeurs nationaux. Cette approche vise à stimuler et à populariser davantage l’art du graffiti, créant ainsi une communauté artistique nationale dynamique et épanouissante.

Le thème pour cette 2e édition c’est ‘’Les murs ont des oreilles’’. Quelle signification souhaitez-vous lui attribuer ?

Lorsque nous affirmons à travers le thème : « Les murs ont des oreilles », ce n’est pas que les murs écoutent ce qu’on dit, mais les murs ont besoin d’entendre ce que nous disons à travers le graffiti. Cela va au-delà de la simple idée que les murs écoutent nos paroles. En réalité, c’est une reconnaissance du fait que les murs aspirent à entendre ce que nous exprimons à travers le langage du graffiti. Le thème porte une profondeur symbolique, soulignant que les murs, initialement vierges et silencieux, ont besoin de recevoir nos messages artistiques. Cette approche s’inscrit dans une dimension philosophique, invitant chacun à interpréter le thème à sa manière. Nous croyons en la puissance de l’expression artistique pour donner une voix à notre environnement. L’objectif est de faire entendre aux murs les résonances de la situation actuelle de notre pays. Si le thème de l’édition précédente était axé sur la ‘résilience des communautés face au terrorisme’, cette année, nous avons choisi un thème plus vaste. Il englobe tous les aspects de la société contemporaine, mettant en lumière des valeurs essentielles telles que le pardon, la réconciliation et la paix. Cette démarche reflète une véritable prise de conscience de la part des jeunes Africains, contribuant ainsi à la construction d’une société plus éclairée et unie.

Quels sont les artistes et gaffeurs qui participent à cette édition du festival ?

Pour cette édition, notre réflexion s’est particulièrement portée sur l’Alliance des États du Sahel (AES). Nous sommes ravis de compter sur la participation d’un talentueux artiste nigérien du nom d’Eric, qui apportera sa vision unique à l’événement. De plus, nous aurons l’honneur de voir Chris représenter le Mali, ajoutant ainsi une dimension artistique diversifiée à notre festival. Dans la continuité de notre engagement envers la diversité culturelle, nous prévoyons également la participation d’un ou plusieurs artistes du Bénin. Parallèlement, des artistes locaux talentueux seront également présents pour enrichir cette rencontre artistique. Cette diversité d’artistes, représentant différentes régions et perspectives, promet une édition exceptionnelle du festival, où la richesse culturelle et artistique des États du Sahel sera célébrée.

Quelles les activités auxquelles que le public pourra participer cette année ?

Pour cette deuxième édition, une palette d’activités passionnantes est prévue. Nous avons organisé deux journées dédiées à des ateliers stimulants, deux jours dédiés à la création de fresques murales et de performances artistiques, et en apothéose, une soirée de clôture 100 % Hip Hop sous forme d’un concert. Cette dernière journée revêt une signification particulière, car le graffiti étant une discipline du Hip Hop, nous avons décidé d’incorporer du DJ’ing sur le site de la performance pour galvaniser les graffeurs avec des scratches et une ambiance musicale entraînante. Un espace spécifique, le village du festival, sera également mis en place. Durant toute la durée de l’événement, cet espace accueillera une exposition-vente, mettant en avant des marques de vêtements, des objets d’art, des gadgets, des sketchbooks et divers articles. En résumé, le festival se déploiera sur trois lieux distincts. Les deux premiers jours d’ateliers auront lieu du 16 au 17 janvier à African Initiative, une association russo-burkinabè située dans le quartier Bonheur Ville. Les jours suivants seront dédiés aux performances, avec la création de fresques murales sur le site de l’Agence pour la sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) ,et le point d’orgue du festival, le concert de clôture, aura lieu à l’Espace Nouvelle Option, également à Bonheur Ville.

Avec une vision optimiste, notre ambition pour l’avenir est de voir le graffiti au Burkina Faso, en particulier notre festival, prendre une envergure considérable, ouvrant ainsi la voie à une délocalisation dans toutes les villes du pays. Nous envisageons également d’inviter des artistes américains, européens et d’éminents graffeurs renommés à participer et enrichir cet événement. L’idée est de faire du festival une plateforme d’échange et de célébration artistique à l’échelle nationale et internationale, favorisant ainsi le rayonnement du graffiti au Burkina Faso.